Test # 4: la magnétiseuse

Un jour où j’étais un peu flappie, une copine m’a dit, d’un ton qui ne laissait place à aucune objection « mais va voir Colette ». Je me suis demandée trente secondes en quoi ce temple de la modasse parisienne allait me refiler la pêche, mais je m’étais trompée de Colette.

 

Colette est une magnétiseuse. Elle fait du shiatsu, de la réflexologie et des machins avec ses mains. Je me suis dit que rien à perdre, la curiosité l’a emporté, et me voilà à « sonner chez le dentiste », en espérant avoir bien compris et ne pas me retrouver à me faire ouvrir les chakras à coup de polisseuse.

Une petite madame grisonnante m’ouvre, et je me prends déjà des relents d’huiles essentielles et de musique très nature et découverte. Qu’est ce qui vous amène, jsuis flappie madame, très bien déshabillez vous. Encore plus, merci. Ni une ni deux, je me retrouve en string, huilée, et je me dis, aaah c’est ça, je vais pouvoir roupiller pendant le massage. Dans tes rêves, fillette. Parce que Colette, malgré ses presque 60 ans, elle n’y va pas de main morte. Je comprends vite le concept, elle trouve les points sensibles (= douloureux) et les traite (= les malaxe jusqu’à ce que la douleur s’en aille).

Soufflez, criez, elle me dit. Souffler, pouuuuuuf pouuuuuuuf je peux le faire… crier ? Vraiment ? les patients du dentiste vont pas flipper ? En même temps, au bout de deux minutes, je hurle ( »c’est bien, c’est bien, libérez vous »), je tape de toutes mes forces sur la table de massage, à défaut de taper sur la cause de mes maux, entre deux pouuuuf pouuuf parce qu’il faut souffler. Vu de l’extérieur, ça doit ressembler à la gamine dans l’exorciste, sauf que je bave pas vert, du moins, je crois, et que je n’essaye pas d’entraîner un prêtre dans des activités douteuses.

Et en fait, crier, c’est quand même vachement libérateur. On l’oublie, parce qu’à Paris, les occasions de hurler comme ça sont assez rares, sous peine de voir les pompiers péter votre porte, ou les gens dans le métro appeler la sécurité RATP. Ça fait un bien énorme, même si je ressors comme une serviette après le cycle essorage.

Au passage, elle parle, avec une voix très douce, très calme, des anges gardiens, de l’alignement des planètes, du pardon, de tout un tas de choses qui la feraient passer pour une allumée new agisante, sauf que quand je vois son degré de sérénité, et le mien, je me dis, il y en a une des deux qui a compris plus de choses à la vie, et visiblement, c’est celle qui me dit d’invoquer yeiayel. Ce que je fais, et même, des fois, je pense que ça marche vraiment.

Comme quoi, des fois, les certitudes, c’est fait pour se prendre des claques. Et visiblement, les tables de massage aussi. Qui l’eut cru ?

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