Test # 3: le hammam

En hiver, puisque je vis de ce côté du monde où le ciel est blanc et plombé, flotteux et venteux, qu’il fait nuit trop tôt et jour trop tard, que je ne n’ai pas les moyens ni le temps pour aller de l’autre côté du monde, j’utilise des stratagèmes pour m’évader. Après les massages thaï, et avant que je ne développe le concept du flan mou, j’ai testé le hammam.

 

Parce que tout bêtement, dans un hammam, ça caille pas. Ou alors il faut en changer, hein. Donc, hop, je déterre de ma boîte à adresses un dépliant, et prends rendez-vous, après m’être assurée que ça n’est pas un jour « mixte ». J’ai été traumatisée par un sauna allemand et une discussion avec une paire de couilles, faut dire, depuis, j’évite la promiscuité non choisie avec des membres du sexe opposé quand je suis en petite tenue.

 

J’arrive, hop, on me dit, voilà, et on me tend un petit paquet. Les vestiaires sont là-bas, mouvement vigoureux du menton. Bon. Fière comme artaban, je ne vais tout de même pas demander d’explications, ça va bien se passer. Mon petit paquet sous le bras, je vais donc « là-bas », libre continent sans grillage (hum), je me déshabille, et explore le contenu du fameux petit paquet. Nous avons donc de fort jolis chaussons absolument torrides, un peignoir assorti (c’est fou comme on se sent moins glamour d’un coup, vêtue comme si on avait piqué sa garde robe à sa grande soeur nageuse est-allemande d’1,95 mètres), une gant qui semble hautement abrasif, un petit pot rempli d’une substance gluante, et une serviette. Bon. Je sors dignement des vestiaires, en prenant garde de ne pas me prendre les pieds dans le peignoir XXL avec les chaussons taille 45, et me dirige vers là où y’a de la buée sur les vitres, ça me semble une bonne indication.

 

C’est bien là. Y’a des filles en petite tenue partout, de la grande, de la petite, de la maigre, de la bien en chair, de la plate, de la refaite. Un vrai catalogue, y’en a pour tous les goûts. Évidement, là, je réalise qu’il me manque l’accessoire indispensable pour me sentir parfaitement à l’aise, la copine. Note pour plus tard, en prendre une ou deux avec moi quand je reviendrai. 

 

Il flotte une parfum de mollesse (oui, parfaitement, la mollesse a une odeur très caractéristique). C’est du concentré de vie de fille, chuchotements, rires étouffés ou tonitruant, conversations variées, mais tout au ralenti.

 

Je rentre dans le machin plein de buée, puis là, forcément, je me rends compte que j’y vois rien, entre la vapeur et l’absence de lentilles. J’essaye de ne pas m’assoir sur une autre fille, ça pourrait faire désordre. Le petit pot de machin gluant (ouais, jsé, c’est du savon noir) semble être utilisé par les autres femelles de la tribu pour s’en enduire et suer avec. Soit. Ce rituel me semble un peu cracra sur les bords, mais je m’exécute. Et je sue. Et je sue. Et je… sue. Mon corps se détend. Ce n’est plus seulement une odeur de mollesse, c’est du concentré qui rentre à travers tous mes pores pendant qu’ils exhalent la fatigue, les toxines, le ras-le-bol. Je suis un machin mou et gluant. « 45″… « 45 ? »…. « 45 !!! ». Gniiiiiii merde, 45, c’est moi, je suis convoquée au gommage. Fin de torpeur.

 

Une madame corpulente en sous-vêtements me fait un signe vigoureux du menton, c’est la mode ici, puis un deuxième. Que j’interprète par « enlevez le haut et couchez-vous là », j’espère que c’était bien ça l’idée. Peur. Aïe ! Mais AÏEUUUU bordel ! Ah oui, c’est sur, ça gomme. Avec une force digne d’un Hulk vraiment pas content, elle m’étrille des pieds à la tête, à sec, recto-verso. Je contemple affligée mes petites bouts de peau qui jonchent la table de torture. Je suis toute rose. Mais toute douce.

 

Après, piscine d’eau pas très chaude. Puis pierre chaude. Puis hammam. Puis piscine. Puis pierre chaude, etc… Deux heures plus tard, complètement lessivée comme si j’avais couru un semi-marathon, j’ondule dans mon peignoir XXL jusqu’à la salle de repos, où vautrée sur un matelas, je m’endors avec mon thé à la menthe à la main et des miettes de pâtisseries orientales collées sur les joues.

 

Jsuis douce. Jsuis molle. Jsuis bien. Je veux rester là toute ma vie. Mais bon, faut repartir. Note pour la prochaine fois, en plus de la copine, emmener un sèche cheveux et du maquillage, parce que la gueule retour de plage, mais sans bronzage, en manteau et dans le métro, ça non plus, c’est pas follement glamour. Mais m’en fous. Jsuis douce. Jsuis molle. Jsuis bien.

 

NDLR: mon adresse, c’est , c’est même pas cher, et propre, et elles n’ont pas leur pareil pour faire des mouvements vigoureux du menton.

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