Sound of silence

Silence

Il y a des phrases, des fois, qui ont tendance, quand on les prononce, à générer des tas d’angoisses de part et d’autre. Parmi elles, « Faut qu’on parle » est de loin ma préférée. On peut la déguiser comme on veut, subtilement, en « J’ai quelque chose à te dire » ou « On pourrait prendre un verre pour discuter ? », personne n’est dupe, le résultat est le même: armaggedon en vue. D’un côté, le garçon la personne à qui ont dit ça se crispe, en se demandant ce qui va lui tomber sur la tête, et commence à imaginer le PMDM (pur moment de merde) qu’il va passer. De l’autre côté, la fille la personne qui veut parler se fout la pression bêtement. C’est donc vraiment une phrase totalement absurde, à ne prononcer sous aucun prétexte.

Si on a un petit côté théâtral, qu’on assure à l’oral et qu’on a vraiment des choses à dire, pourquoi pas – encore que, je vois pas vraiment l’intérêt de crisper son interlocuteur, autant lui faire la surprise. Mais certaines personnes, fort mal avisées, peuvent malencontreusement prononcer cette phrase, et ne pas en penser un mot. Certaines personnes dont moi. Je suis la première à balancer des slogans pro-communication, c’est bien de s’exprimer, faut extérioriser les affects, vive la sincérité, la parole libère, je pourrais même écrire tout ça sur des banderoles et défiler avec dans la rue. Tous mes conseils à mes amis vont toujours dans ce sens, et généralement, je ne suis pas trop de mauvais conseil.

Sauf que moi, je parle pas. J’écris, mais je parle pas. La grande gueule, là, des fois, elle la met en veilleuse. Les mots refusent de sortir. J’oublie toujours ce détail. Je vois mes amis se gausser bêtement (comme des pivots – blague de merde), eux qui, je suis sûre, rêvent parfois d’un rouleau de chatterton quand je suis lancée. Je veux dire, je parle pas de certaines choses un peu sensibles, ou alors difficilement, faut vraiment que je sois en confiance, ou que j’aie bu beaucoup de Ricard, ou les deux. Et encore, en général, ça sort pas du tout comme ça aurait dû. Je déteste. Mais bon, des fois, tentant vainement de m’appliquer mes propres théories, je me dis, allez, vas-y, Lapin (je m’appelle pas vraiment comme ça, mais bon), crache ta valda. Et pour m’assurer que je vais le faire, en effet, je l’annonce. Comme ça, petite maligne, je suis coincée et obligée.

Sauf que non. Les fois où je m’y suis risquée, je me suis retrouvée à opposer à des « vas-y, je t’écoute » un silence assourdissant, à peine entrecoupé du bruit de moi en train de déglutir péniblement. Situation pas du tout gênante, où en général, je me dis que j’aimerais mieux mourir sur place que de devoir parler. Forcément, la personne en face, elle, est légèrement impatientée. Et plus elle me dit que ça serait bien que je profère au moins un son, plus je suis mutique. Alors que je trouve, moi, qu’elle devrait m’être reconnaissante de lui épargner un truc forcément pénible, à savoir, un monologue plus ou moins bien préparé, pas forcément intéressant, voire même, avec des choses embarrassantes à l’intérieur. Donc vraiment, pas de quoi avoir des regrets, hein. Et puis suffit d’insister, sinon, je pleure. Et comme je l’ai déjà expliqué il y a longtemps, je fais ça très bien.

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Commentaires (4)

 

  1. Lapin crétin dit :

    Je t’aime Lapin !
    Ne change rien… ;)

  2. Lapin dit :

    Moi aussi !
    (mais c’est qui ?)

  3. Alex dit :

    Plutôt que de dire « Il faut qu’on parle », moi je prépare dans ma tête LA phrase surprise qui va mettre les pieds dans le plat ou les cartes sur la table (selon qu’on est gastronome ou joueur)
    Exemple : « Chéri, je trouve que tu passe beaucoup trop de temps avec cette pétasse. » « Gaëlle, tu crois pas que tu devrais voir d’autres personne? » « Maman, j’ai décidé d’aller vivre au Népal. »
    La dite phrase est bien sûr longuement ruminée, plusieurs heures/jours ou mois selon la gravité de ce qu’il y a à dire. Plus on la rumine longtemps, plus elle prononcée sur un ton on ne peut plus naturel et détaché. Au moins le sujet est lancé, et l’autre ne peut pas l’ignorer. En plus ça lui évite de stresser en attendant de savoir de quoi on veut parler.
    En fait j’ai développé cette petite technique à l’adolescence, quand je voulais sortir mais que je savais déjà que ça passerait pas. Je m’y prenais longtemps à l’avance pour élaborer la question la mieux tournée possible, la plus courtoise et détachée. Et lorsque je disais « Je peux sortir samedi soir? » sur le ton de « tu peux me passer le sel? », curieusement, ça entamait beaucoup mieux les négociations qu’une ado hystérique qui hurle: « J’en ai marre de vos conneries, je sors samedi et allez vous faire f…!!! »

  4. Lapin dit :

    En vrai je ne dis jamais « faut qu’on parle », sauf trois fois, et à chaque fois, avec le succès que mérite cette formulation. En revanche on me l’a beaucoup dit. C’est vrai qu’une bonne petite phrase avec un air dégagé, c’est plus pertinent. Et au moins l’interlocuteur n’a pas le temps de préparer son texte, et on voit la réaction en live, beaucoup plus intéressant.

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