Montre-moi ta grosse…
… cervelle. What else ? Pour moi, le vrai turn-on comme disent nos voisins de l’autre côté de l’atlantique (et de la manche – et d’ailleurs), c’est le cerveau. L’argent, le pouvoir, le job en or, les muscles, le coupé sport, le sourire ultra-brite et le sexe supérieur à la moyenne (16cm en France, ndlr), c’est super, mais ça me laisse de marbre. Enfin, pas tous les items précédemment cités, mais bref, ça n’est pas le sujet. Vous allez me dire que j’enfonce des portes grandes ouvertes, genre « moi, j’aime pas la méchanceté, l’hypocrisie et les cons » à déclamer avec une voix de Miss France, mais non, vous sous-estimez l’ampleur du phénomène.
Je connais plein de filles qui se satisfont sans rechigner d’un « et qu’est ce que tu lis en ce moment ? » en intro d’un date. Ou de se faire aborder avec un simple « bonjour » + sourire charmeur, ou un « vous venez souvent ici ? ». Moi, j’aime les tordus, ceux qui empruntent d’autres chemins moins évidents, qui prennent des risques, parce qu’ils peuvent se le permettre.
J’aime qu’on me dise « tiens, du jet 27, je pensais qu’ils avaient arrêté d’en servir en 1995 » ou « excusez-moi, je pense que c’est mon pied, là, sous le votre ». De l’humour, de la pertinence, de la classe, de la recherche, du style. Tu as le cerveau, tu auras la femme.
C’est sur, c’est infiniment plus reposant un garçon policé avec le cerveau en ordre, qui fonctionne normalement mais pas à plein régime. Toute tentative de joute verbale, sous-entendus, allusions et autres non-dits risque de tomber à plat. Et de vous valoir un air plaintif et interrogatif assorti d’un « gné, kessturacontes ? ». Mais au moins, point de challenge, point de fatigue.
Je ne mentionnerai même pas l’option du décérébré intégral, qui n’a vraiment aucun intérêt passé 14 ans, quand on a fini d’avoir juste besoin d’un « bomec » à exhiber aux copines. T’as vu, il est beeeeau. Ouais mais il a rien à dire. Ouais mais il est beeeeeau. Ceci dit, y’en a qui en sont encore là passé la trentaine, et tant mieux, sinon, les hommes sans cerveau n’auraient plus qu’à se faire moines.
Mais justement, dans une relation, je ne cherche pas forcément le repos, ni la déco (enfin, pas Gollum quand même, hein). L’interaction, les jeux de (et avec les) mots, la curiosité aiguisée, le challenge verbal, ça, c’est excitant. J’aime être intriguée, stimulée intellectuellement (pas que, hein, mais ça va avec). Sans être moi-même équipée d’un énorme cerveau (puis je suis une fille, hein, pour l’amour on ne demande pas aux filles d’avoir inventé la poudre, comme dirait Georges), je dois avouer que j’aime bien les êtres retors, les agités du bulbe. Puis l’humour, c’est important, aussi, et no brain, no joke.
La drague traditionnelle ne m’émoustille pas. Voire produit l’effet inverse. C’est plat, sans saveur, les compliments faciles, la même soupe servie à tous les bols. L’avantage du cérébral, c’est qu’il ne drague pas, il cause. Il réfléchit, entend, traite, et du coup vous livre une conversation customizée rien que pour votre cerveau à vous. Et tout le monde vous le dira, et peu importe si c’est débile, nous les femmes, nous le charme, on aime se sentir unique. Et peu importe si c’est pas vrai, aussi.
Un bel échange (pas forcés de parler de géopolitique, les films de kung-fu, ça peut le faire aussi), de la complicité qui s’installe, des sourires entendus, voilà qui peut salement donner envie d’aller plus loin. C’est à force de parler qu’on a envie de baiser – l’inverse marche rarement. C’est là que je me rends compte que je suis vraiment une fille, le mâle ayant la capacité d’occulter complètement le QI si le Q est joli – ne dites pas que c’est même pas vrai, j’ai des noms. Une longue liste. Des garçons avec un cerveau, même. Alors chut.
Deux limites au fantasme du gros cerveau, néanmoins. La première, c’est qu’être sur la même longueur d’ondes, le même rythme cérébral, et être capable de discuter des heures à bâtons rompus sans voir le temps passer, c’est finalement assez rare – ou alors je ne frappe pas aux bonnes portes, ou les portes qui s’ouvrent sans que je frappe ne sont pas les bonnes, bref. Avoir une conversation qui ressemble à « une séance de baise de cerveaux » (j’emprunte ces mots à une amie), ça ne tombe pas du ciel, pourtant, ouhlala, que c’est bon. Et quand ça arrive, on se heurte inlassablement à la deuxième limite: de complexe à compliqué, il n’y a qu’un pas, voire, l’un ne va pas sans l’autre.
Et compliqué, si on déroule la pelote, ça peut aussi vouloir dire névrosé, instable, dépressif, égocentrique, bref en un mot, infréquentable, sauf si on aime s’user les nerfs. Ça finit souvent, malheureusement, en hurlements à la pleine lune en forme de « mais pourquoiiiiiiiiiiieuh » ou « je comprends plus rieeeeeeeeen ». Sans compter qu’a priori, son cerveau fonctionne également à plein régime avec d’autres, et il y a pas mal de chances si on peut appeler ça comme ça qu’on soit une petite vingtaine de filles sous le charme qui se sentent uniques, si le monsieur est du type serial séducteur. Non, ça n’est presque pas du vécu. Et non, je ne suis en effet absolument pas prêteuse.
Alors qu’avec le mec posé sur son canap’ en train de se gratter l’entrejambe tout juste capable de vous demander une bière ou « cté comment ta journée ? » (sans écouter la réponse, hein, faut pas déconner non plus, grat, grat, ça demande de la concentration de se gratter l’entrejambe), forcément, il y a peu de chance de se retrouver à hurler quoi que ce soit. A part casse toi pauvre con, au bout de quelques heures mois à ce régime.
Je vote donc pour le complexe, tant pis s’il est compliqué, et avec le cortège de dommages collatéraux que son cerveau provoque.
Je note néanmoins que ma vie sentimentale serait infiniment plus simple si j’aimais juste les grosses bites voitures.
Mots-clefs :cerveau, charme, intelligence, névroses, séduction
Commentaires (2)
Et te lire deviendrait nettement moins amusant, si tu aimais juste les grosses… voitures.
Alors, j’en profite pour te féliciter, car même si bien cablée comme ton cas, difficile de faire autrement que te coltiner tes insolubles conflits avec la réalité et en quelque sorte, tu n’es que la victime consentente de tes engouements ! Mais qu’el régal
Merci, jeune homme.
Et en effet, sans « mes insolubles conflits avec la réalité », point de blog, qu’est ce que je me ferais chier.