Le grand pardon

Aujourd’hui, c’est Yom Kippour. Le grand pardon, la repentance, la réconciliation, tout ça. Je suis inculte et goy, donc je savais pas, je suis tombée là-dessus en cherchant une e-card de bon goût pour souhaiter son anniversaire à « mon ex » – je mets entre guillemets, il n’est pas le dernier en date, mais reste à ce jour celui qui mérite le plus cette appellation, rapport à l’exceptionnelle longévité de sa présence dans mon entourage. Ça m’a bien fait rire, cette ironie du grand pardon. Parce qu’en vrai, son anniversaire tombe malencontreusement le même jour que l’anniversaire de notre rupture, vu qu’ il y a deux ans, il s’est apparemment offert le cadeau dont il rêvait depuis longtemps.

Moi, je préparais tranquillement une soirée en tête à tête pour l’occasion. Lui, il m’a signifié mon congé par mail – normal, pour quelqu’un qu’on connaît depuis 5 heures ans. Ironie encore, j’ai jamais eu la notification du congé (si, les mails, ça se perd), donc j’ai passé une après-midi inoubliable à le chercher partout y compris chez lui, pour finir par rentrer chez moi inquiète, de très mauvaise humeur et un peu soupçonneuse, et par découvrir un forward du mail initial, genre « t’as eu ça ? ». Ah bein c’est ballot, non, voyons voir, c’est quoi ce long mail ? Ah, d’accord. J’en ai déduit que je pouvais manger le foie gras et faire péter le champagne seule.

someecards

Il n’y a pas de bonnes façons de quitter quelqu’un, je crois. Mais il y en a quand même clairement des beaucoup plus mauvaises que d’autres. Le mail, déjà, c’est pas génial – euphémisme, et puis la rupture en kit à se fabriquer toute seule, je suis pas fan. On vous a jamais fait la rupture en kit ? Bein simplement, on vous largue, mais on vous dit pas vraiment pourquoi, alors c’est à vous de deviner. Deux motifs principaux peuvent être normalement combinés: je ne t’aime pas ou plus / j’ai rencontré quelqu’un d’autre, ou autres motifs clairs. Là c’était un espèce de bordel long et flou, moi j’eusse aimé un « tu es géniale mais vraiment je t’aime plus, salut ». C’est très contrariant- euphémisme, surtout pour les gens comme moi qui aiment bien comprendre les trucs. Puis j’étais vexée comme un pou, en plus, cette fois (ndlr oui en cinq ans il y en avait eu d’autres, deux lui, deux moi, une autre dont la paternité est plus contestable), j’avais rien vu venir, surtout qu’on rentrait de Venise – j’ai mis plus d’un an à me réconcilier avec cette pseudo ville des amoureux arnaque du siècle.

Ceci dit j’ai quand même continué à m’alimenter et j’ai pas trop pleuré. A force de se séparer, on s’habitue, on s’étonne même qu’il soit encore là, d’ailleurs. Mais j’ai passé une sorte d’année (et c’est long) à me demander « mais enfin, pourquoi ». Et aussi à revoir la scène au ralenti, comme dans X-Or. J’aurais bien aimé pouvoir prendre ma part de responsabilités, lui laisser la sienne, et hop, plié. J’étais aussi très très en colère à cause du manque de considération global. Le medium de rupture et le manque d’explications non-absurdes déjà, puis je sais pas, quand on est resté une durée significative avec quelqu’un (même trois semaines méritent une explication propre), peut-être on n’est pas des sauvages, et on n’éradique pas simplement cette personne de son existence.  C’est sûr, aucun risque que la personne se fasse des idées. Ceci dit, le même résultat peut être obtenu en adoptant une attitude claire – si, si, incroyable. Et qu’on m’argumente pas qu’on peut pas faire autrement et que c’est super dur de quitter quelqu’un proprement, sinon, je tape. Mes ruptures n’ont jamais été extraordinaires, mais je suis restée en contact avec la plupart de mes ex qui ont compté, parce que c’est con de ne pas accorder aux gens une petite place quand il en ont occupé une grande, sous prétexte qu’on n’est plus ensemble. Je parle pas de partir en vacances ensemble non plus.

J’ai fini par manifester mon agacement dans un mail (oui bah hein, on s’adapte), après lui être tombée dessus par hasard dans une rue où vraiment je n’avais rien à faire – ironie du destin, jeu pervers d’un barbu qui se faisait chier sur son nuage. Il a répondu, quand même, et il a convenu qu’il n’avait pas été brillant. Ça m’a fait une belle jambe. Il a aussi dit qu’il était désolé. Deux belles jambes. Maintenant, grâce à lui, je peux mettre des mini-jupes sans rougir. En revanche, moi qui dans mon métier suis habituée aux « pour action » qui suivent les constats, bah là, je dois confirmer qu’un an après, pas mieux. Toujours pas de petit mail anodin « salut lapin, what’s up ? ».

Pourquoi lui souhaiter son anniversaire, me direz-vous, alors, au lieu de lui envoyer un vieux maroual par la poste ou de simplement nier son existence moi aussi ? Bah parce que je n’ai pas ce désintérêt pour les gens qui ont compté (1,2,3..), que ce qu’on a fait ensemble a de l’importance, même c’était plutôt bien globalement, et que c’est quelqu’un que j’ai beaucoup aimé. Parce que c’est une relation qui m’a tirée vers le haut et m’a permis de devenir quelqu’un de moins pire meilleur. Ce qui finalement est un peu l’intérêt d’une relation. Parce que les gens qui entrent dans ma vie et y restent 5 ans, c’est jamais par hasard. Que sans lui il n’y aurait pas ce surnom crétin ni ce site, non plus, ni quelques posts mémorables qui le concernent, et des tas d’autres trucs, notamment ma capacité à m’exprimer sans gueuler, et pourtant, je partais de loin (du sud). Je lui dois aussi plein de trucs moins positifs, mais c’est pas le sujet. Après, si j’avais pu prévoir que ça se terminerait en silence radio, je pense que j’aurais choisi l’option « ami » et pas « chéri », ça m’aurait pas procuré autant de parties de jambes en l’air mémorables, c’est sûr, mais au moins, j’aurais pas perdu celui que je considérais comme mon meilleur ami, à cause de son incapacité à gérer « l’après » (j’ai éliminé en six mois l’option « il n’en a jamais rien eu à foutre », peut-être à tort, mais c’est mon ego sudimensionné qui s’exprime). C’est ça qui est bien dans les relations, c’est qu’on sait jamais à l’avance comment ça va se terminer.

Des fois ça se termine pas, ceci dit. Mais nous, si on était restés ensemble, ça n’aurait pas été une bonne idée, on n’était pas fait pour être ni vivre ensemble (comme chante si bien Joe). Malgré ses affirmations du début, puis les miennes ensuite. D’ailleurs je lui ai toujours pronostiqué qu’il finirait (joli terme) avec son ex qui lui correspondait mieux que moi (je n’étayerai pas ce postulat d’exemples, non, non), j’ai visé juste. Et puis moi, j’en ai bavé un peu, mais  maintenant je sais mieux à quoi j’aspire, ce qui me rend heureuse, et je sais aussi qu’il y a l’attirance et l’amour d’un côté, et les mauvaises idées de l’autre, et qu’il faut pas mélanger les ingrédients. Et surtout, je n’aurais pas eu toute cette énergie incroyable, savant mix de « maintenant, c’est que pour ma pomme »et de « j’ai quand même les boules alors faisons diversion », pour reprendre ce blog, en faire un deuxième, monter ma boîte, réussir ma boîte, m’optimiser encore un peu, rencontrer plein de nouveaux amis, voyager comme une folle, et puis aussi, mine de rien, rencontrer des garçons. Et il y en a un, ça aurait vraiment été dommage de le rater. Donc ***, merci, bon anniversaire, et s’il te prend l’envie d’arrêter de faire le porc, par exemple en me remerciant pour ma jolie carte hilarante ci-dessous, surtout, n’hésite pas, hein. Je te promets que je ne me ferai aucune idée mal placée – et j’espère que tu ne t’en fais pas non plus.

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Commentaires (2)

 

  1. Giom dit :

    ah non ah non ah non

    « maroual » NON NON NON

    Maroilles !

  2. Lapin dit :

    Come on…
    Happyyiom, j’ai passé assez de temps à Lille pour savoir l’écrire, je me fais juste des private joke toute seule – la première fois que je l’ai lu et prononcé, j’ai dit « maroayeu » – comme ça s’écrit, quoi (?) et après ils m’ont dit « ménon, maroual », et voilà. Blague. Un jour je ferai un post sur mes incompréhensions en pays chti.

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