Je veux #3: être Angelina Jolie

Il y a quelques jours, en pleine urgence capillaire, je me suis retrouvée immobilisée 15 minutes sous des lampes chauffantes, et globalement, là-dessous, il n’y a pas vraiment grand-chose à faire. Téléphoner en public, c’est pas poli, et ensuite je ne suis pas sûre que j’ai envie que mon portable soit châtain lui aussi. S’endormir, c’est risqué, vu les lampes, là, moyen envie de me retrouver avec le crâne zébré de brulé comme un steack de la courte paille. Donc, lorsqu’on m’a demandé fort poliment si je voulais de la lecture, j’ai dit oui, et je me suis donc retrouvée, choix judicieux de la coloriste, avec Voici et Gala devant moi. Après avoir soigneusement vérifié que je ne connaissais personne dans le salon, je me suis saisie d’un de ces journaux honteux, avec la tête d’un ado qui sort un porno de sous son lit. Gala, quand même, parce que Voici, ça n’est possible que sur la plage. Et je me suis retrouvée à regarder avec attention la progéniture nombreuse de « brangelina », comme on les appelle. Et là, je me suis dit: je veux être Angelia Jolie.

Je me souviens avoir vu, dans ma jeunesse, un film qui n’a pas marqué les annales du cinéma, Hackers. Et là, j’ai découvert cette créature au physique improbable, corps de rêve, bouche à ne pas sucer que des carambars (même pas refaite, il parait, héritée de son père, sur qui ça ne fait certes pas le même effet), regard insolent, une sorte d’invitation à la débauche. J’ai bien regardé le générique, j’ai vu Angelina Jolie, et je me suis dit, en même temps, avec un nom pareil, c’est aussi bien qu’elle soit pas moche. Ca, c’était en 95.

Deux ans plus tard, je l’ai revue dans le très beau clip des Stones, Anybody seen my baby. Ombre fugace, crâne rasé, un seul gros plan tout à la fin. Elle est magnifique. Je dois avouer que je suis complètement fan, de ses blockbusters affligeants genre Lara Croft ou Wanted à Girl Interrupted ou Gia. Cette fille a un charisme démesuré. Ca devrait être interdit. Et pour le même prix c’est une bonne actrice, et elle a une voix incroyable (même dans kung fu panda).

J’aime son ambivalence théatrale assumée. Punk rebelle, tatouée des pieds à la tête, bisexuelle, provocante, extrême, voleuse présumée de mari (en même temps, en comparaison, l’insipide Jenifer a l’air encore plus transparente), tête à claque. Généreuse, engagée, maman, douce, sens de la famille incroyable.

Ses choix de vie m’interpellent. Cette sorte de rédemption après la vie agitée, les mariages foireux, la provoc’, la scarification. Cette vision de femme apaisée. L’adoption massive d’enfants et la création de quelques autres, aux prénoms tous improbables (maddox, siloh nouvel, seriously, l’hommage à jean nouvel, c’était bien nécessaire ?). L’intelligence de jouer avec la presse people en vendant à prix d’or quelques clichés de la marmaille, pour financer des oeuvres de charité. L’implication active dans des causes humanitaires.

Les fâcheux diront que c’est pour se faire mousser, enfin, je veux bien, mais elle n’est pas obligée de payer de sa personne en visitant des camps de réfugiés afghans. Y’a vachement plus fun pour se faire de la pub, et d’ailleurs, ça fait désordre aux états unis. Comme lâcher plusieurs millions par an, certes, elle en gagne plein, mais il y en a quand même pas mal qui se font construire des chateaux-forts dotés de piscines olympiques à flanc de colline avec vue sur la mer, avec leurs millions, pas des réserves naturelles au cambodge.

Moi, je la trouve inspirante. Etre une sorte de fantasme masculin incarné et essayer en même temps, à son échelle certes, mais néanmoins, de rendre le monde un peu moins moche, c’est quand même assez remarquable. Cette manie compusive de vouloir donner un chez eux à des gens qui n’en ont pas, que ça soit des gosses orphelins ou des réfugiés, même si ça vient du fait qu’elle a jamais digéré que son père les ait abandonnées sa mère et elle, bein je trouve ça beau. Tout le monde n’a pas l’envie de transformer ses névroses en jolies choses.

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