It’s complicated

Contrairement à ce que pourrait le laisser supposer ce titre, pour mon premier post de 2010, je ne vais pas chroniquer ce film (pourtant pas si mauvais) avec Meryl Streep. Je vais simplement causer relation, mon ancien sujet de prédilection, avec les restos. « It’s complicated », c’est une des options que l’on a sur Facebook pour définir son relationship status (quand on a la version US). A côté de single, engaged, married, il y a ce truc, qui moi m’a toujours doucement fait rigoler. En général, les gens qui mettent ça, si je traduis avec ma subtilité habituelle, ça veut dire « je suis maqué mais open pour la bagatelle ». Sauf que quand même, il y a du vrai dans cet intitulé, si on le prend au premier degré et sans mauvais esprit. Une relation, c’est compliqué.

Personne vous prévient, hein, quand vous êtes môme, ni plus tard d’ailleurs. On nous ment, on nous spolie. C’est comme personne ne dit jamais que l’accouchement est un enfer, que les gosses c’est dur, que le travail c’est la plaie 50% du temps, que les kilos plus on vieillit moins on les perd facilement. Mais je m’égare. Tout le monde a dans son entourage des couples pour qui ça roule, tout droit sur des rails du début à la fin. Des gens qui vous disent « c’est génial tout le temps ». Des gens qui se sont trouvés, et c’est tout parfait. Des gens qui mentent, moi j’dis. Ou alors c’est parce que je suis particulièrement tordue, mais je crois pas. J’ai récemment eu une conversation sur le sujet avec une amie de fort bon conseil, et par ailleurs fort heureuse de son couple, qui m’a dit que mais enfin, évidement que c’est pas simple. Je me suis sentie revivre, je commençais à croire que c’était que moi. Parce que bon, oui certes, au début (du moins quand on tombe bien), c’est l’osmose, c’est fabuleux, c’est l’excitation de la découverte, tout ça, tout ça. En général, c’est là que s’arrêtent les contes de fées, en couvrant la suite d’un pudique voile de happily ever after. Sauf que after, justement, c’est là que les emmerdes commencent.

Parce qu’une relation sentimentale, c’est deux gens. Ceux qui vous disent que ça peut être davantage sont exclus de la conversation pour vision tordue de la vie. Deux gens, donc, avec chacun son caractère, son ego, ses travers, ses habitudes (surtout passé 30 ans, la dimension habitude devient conséquente), ses névroses, qui doivent faire cohabiter tout ça au quotidien. C’est là que ça se corse. Moi, j’ai souvent opté pour l’évitement du choc avec des serpillères, ou des autistes. Pas de conflit, pas de conversations animées, on est peinard, le temps que ça dure, parce qu’évidement, ça marche pas très bien sur le long terme. Sauf qu’avec quelqu’un un peu plus comme moi, c’est plus sportif. Bien sûr, à la base, il faut choisir quelqu’un avec qui ça le fait, pour éviter les débats sanglants sur des sujets de fond. Ça, je sais enfin faire, j’ai gagné en pertinence de choix avec l’âge, c’est cool. Par contre, après, sur la forme, j’ai encore un peu de taff.

Je suis un animal indépendant, susceptible, doté d’un fort caractère de fille du sud qui part au quart de tour, qui n’aime pas trop avoir tort, et qui aime bien toujours comprendre le pourquoi du comment. Un vrai cadeau, quoi. J’essaye de m’améliorer (et y’a plein de trucs vachement mieux, je suis plus hystérique, ni jalouse, par exemple, merci de me filer un ou deux bon points), j’introspecte régulièrement, mais j’y suis pas encore. Donc forcément, ça peut devenir tendu. Si on ajoute à mes charmantes caractéristiques de base certaines autres acquises au cours des années avec quelques relations en situation d’échec (scolaire), comme la trouille de l’intimité, des problèmes de confiance et du mal à communiquer, ça complète le tableau. C’est tellement plus facile de s’énerver que d’exprimer les choses calmement en se foutant à poil (en plus, c’est l’hiver, ça caille) émotionnellement, en dévoilant ses affects et tout. Tellement plus facile de rester bloqué sur ses erreurs et traumatismes mal digérés du passé et d’en faire porter le chapeau au suivant, à grand coup de « plus jamais ça » bien rigide. Tellement plus facile de se barrer en courant que de rester et de faire en sorte que ça marche.

Parce qu’il est là, le problème, c’est que des fois, on se berce d’illusion en se disant qu’avec « le bon » (peu importe ce qu’on met derrière, le bon d’une vie ou d’un mois) ça sera simple évident et tout parfait nickel tout de suite sans ajustement. Moi, j’y ai cru dur comme fer pendant très très longtemps, et quand c’était pas le cas, je disais, c’est pas le bon, au suivant. Sauf que non, ça marche pas comme ça. Du moins ça n’est pas une solution, à moins de vouloir passer sa vie à crier « suivant » comme dans la pub puissance 4 (référence 80’s). Un couple, pour que ça tienne, c’est quand même des micro-efforts. Pas des surhumains non plus, sinon, c’est que vraiment faut crier « suivant », mais des petits, pour arrondir les angles, pas se fighter pour des trucs à la con, et garder les engueulades pour les vrais sujets. Être tolérant de l’altérité de l’être en face de vous, en somme. Pas évident, ça. C’est un peu de travail, quoi, ne m’en déplaise.

Puis bon, surtout, des fois, on n’a pas envie de crier « suivant ». C’est peut-être là finalement qu’on tient le bon bout, c’est qu’au delà des conflits de personnalités et des petites (ou grosses) contrariétés, on a une personne dans sa vie, et on veut qu’elle reste dedans, parce qu’on est vraiment bien avec, sur le fond, et on fait en sorte de pas la laisser filer bêtement. Une simple question d’envie, qui va au-delà du reste, de ses tares, des vôtres, et de toutes les imperfections de votre quotidien ensemble. Va savoir.

Shout

Mots-clefs :, , ,

Commentaires (9)

 

  1. Pépette dit :

    ;)
    Ben ouais, ma p’tite dame, it’s very very complicated!… et en effet, parfois, on a pas envie de crier « au suivant »…! je suis heureuse pour toi, Pépette :)
    à bientôt

  2. Ambrouille dit :

    Moi aussi j’ai bien aimé le film avec Meryl Streep. Mais je n’ai pas vu avatar encore ;

  3. Lapin dit :

    @Pépette: thanks
    @Ambrouille: j’adooore quand tu fais la blonde

  4. Itvan dit :

    Un premier post bien tempéré, avec juste un petit goût d’eau dans un excellant vin, is not ?
    Mais bon, c’est certainement un signe ce petit coup de mou… ou bien la froidure qui engourdi.
    Je crois vraiment que la magie d’une relation sentimentale c’est pas compliqué, juste purement accidentel. C’est pour certains une condition malheureuse, mais pour d’autres la seule extase ! Va savoir ? :p

  5. Lapin dit :

    Non, non, non
    Toujours pas d’eau dans le vin, très cher, c’est dégueulasse. Surtout quand c’est du bon vin. Il peut avoir un peu de caractère, des fois, et râper la langue, mais peu importe. Il est dit que je ne mettrai pas d’eau.

    La magie c’est pas compliqué, ouais, bien sûr, d’ailleurs, on est tous entourés de couples qui vantent la magie de leur relation, n’est-il point ? Et c’est quoi, au juste, la magie ? Un truc miraculeux qui se passe tout seul sans faire d’effort ?

  6. Itvan dit :

    Voilà qui ferme l’entrebaillure que j’ai cru voir entre ces lignes. Une position ferme et même un peu nihiliste, très chère.
    Ma vision du romantisme est aussi tangible que miraculeuse.

    Pour la magie, c’est juste une métaphore. On peut y voir une résonnance avec l’à quoi bonnisme de ces temps de détresse…
    Le problème avec la magie c’est pas que ce soit un truc compliqué, c’est que ça nous échappe et n’arrive « presque » jamais, mais moi j’y crois, juste parceque parfois la vrai beauté de l’existence apparaît à la manière d’un hasard provoqué.

    Alors d’accord, pour être raccord il faut lutter, jurer et inspirer, ou bien c’est sûr… désespérer.

  7. Lapin dit :

    Le romantisme et la magie, c’est bien joli, mais souvent bien loin du quotidien d’une relation. Je ne dis pas que c’est mal d’y croire, mais je trouve ça un peu naïf, c’est pas comme si ça suffisait sur le long terme.
    C’est du boulot, et toujours sans eau dans le vin, c’est vrai que parfois, on fait en sorte que ça marche.

  8. Azela dit :

    J’ai une analyse plus méchante que la tienne sur l’utilisation de « it’s complicated » sur les statut facebook. Je la puise sur mon évolution sentimentale. Cette façon de qualifier sa vie sentimentale me rappelle beaucoup ma façon de m’exprimer lorsque (adolescente, célibataire et solitaire) je bottais en touche quand on me demandait si j’avais un copain.
    C’était « compliqué », surtout dans ma tête et je (me) sous-entendais par ces façons de parler que, bien que seule, je brûlais d’amour pour untel et/ou je « savais » qu’untel brûlait d’amour pour moi.
    Fantasmes, érotomanie, culte de la relation « platonique » (celle qui ne souffre d’aucune frustration).
    Ce sont des refuges qui sont utiles pour traverser les affres de la sentimentalité des années adolescentes. Puis il faut en sortir.

    Par mon réseau Facebook, j’ai constaté que les jeunes filles que je connais par ailleurs dans la vie et qui choisissent ce statut ambigüe veulent laisser une porte ouverte surtout parce qu’elles sont effectivement plus « célibataires » que leurs copines.

    En revanche, j’ignore ce que sous-entend le garçon qui note « c’est compliqué ». D’ailleurs je le vois peu sur les profils masculins.

    Merci pour le post (lu en entier même je ne réagit qu’à ton accroche)

    Azela

  9. Lapin dit :

    Tu as tout à fait raison, l’utilisation de « it’s complicated » relève pas mal de l’immaturité affective :-)

Commenter