Initials B.B.

Cette personne n’a jamais prononcé ce mot : Alméria. Elle n’a jamais eu besoin de personne en Harley Davidson. Elle n’a jamais dit « et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? ». Pourtant ce sont aussi ses initiales, que je risque pas d’oublier. Cette personne, c’est le premier garçon à m’avoir retourné la tête. J’étais folle de lui, je voulais l’épouser.

AAAHJ’avais 14 ans, j’étais en seconde. Ceci explique cela. Il en avait 17, il était en première, les études n’étaient visiblement pas sa priorité. A l’époque, contrairement à maintenant, je ne courrais pas particulièrement après les intellos. Il ressemblait à Richard Gere, il se la pétait à mort avec son blouson en cuir, et il emballait des filles au kilomètre avec un vernis pseudo romantique. Une bonne réputation de connard. Charmant tableau, je suis tombée dans le panneau. Je ne sais plus comment nous avons été introduits, j’imagine un truc super mature genre « ma copine elle te trouve trooop beau ».

Je n’ai pas énormément de souvenirs de l’histoire en elle-même. Ça a du durer quelques mois, on se roulait des pelles sur des murets, des bancs, il était super chou contrairement à la rumeur. A l’époque, évidement, hors de question de faire du sexe, et en plus, il ne voulait pas être le premier. J’ai des souvenirs diffus, l’odeur de son blouson en cuir sous la pluie, le lapin en peluche qu’il m’avait offert, des paroles de « with or without you » recopiées et tâchées au ketchup, des phrases mythiques :

Lui: « Je crois que je t’aime ».

Moi: « Qu’est ce qui te fait dire ça ? » (mon dieu, j’étais déjà tordue à l’époque)

Lui: « Tu es la dernière chose à laquelle je pense en m’endormant, et la première quand je me réveille ».

Cute, non ? C’était doux, j’étais fooolle de lui, complètement amoureuse comme on peut l’être à cet âge là, sans trop savoir pourquoi. Et un jour, évidemment, ça n’a pas loupé, un « je pense qu’on devrait arrêter de se voir » dans ma face, clair, net, et précis, sans appel, en plein milieu de la file d’attente de la cantine. A l’époque, c’est le genre de trucs qui pouvait encore me laisser muette, j’ai tourné les talons, et je suis allée pleurer dans un coin. Moi qui aime les explications, j’étais servie. Brosse-toi ma fille. Connard.

Et voilà. J’ai cuvé ma tristesse, puis j’en ai trouvé un plus mieux plus chou, et 20 ans ont passé. Et il y a peu, j’étais dans le sud, j’ai revu ma BFF de l’époque, on en a reparlé, et elle a eu le malheur de mentionner que BB était sur Facebook. Et bien sur, on ne se refait pas, paf, Ajouter comme ami(e), hop, plié, en deux secondes. Acceptation de ma requête. Envoi de message neutre, genre « hey, what’s up ? » (20 ans après, ça fait complètement sens cette démarche). Pas de réponse. Connard.

Quelques jours plus tard, je vois mon chat clignoter, tiens, BB. Qui m’annonce qu’Estelle me répondra à son retour de vacances. Je réponds que d’accord, mais qui est Estelle. Je vous la fais courte. Il croyait que j’étais une amie de sa moitié (ah parce qu’ils font Facebook commun ?), n’avait aucun souvenir de moi (vexation, humiliation, rage sourde, comment ça je suis oubliable ?), mais a quand même eu la grande classe de me demander de lui rafraichir la mémoire. Avec insistance. J’ai voulu mourir de honte au fond d’un trou. J’ai ramé, jusqu’à sortir une photo de moi à 14 balais, qui lui a enfin fait tilt, et m’a valu un « ah oui, me souviens maintenant, très mimi ». Merci. Connard.

Puis échange sur nos vies, voilà, blabla, pfff, bâillement, jme demande s’il me chaufferait pas, à un moment, aussi. Puis il me dit qu’il aimerait bien que je lui fasse signe quand je suis dans le sud, pour prendre un verre tout ça, même si ça risque pas d’être simple, vu qu’il est équipé d’une femme (Estelle, donc), et d’un bambin. Je dis ah oui, félicitations, parce qu’il fallait bien répondre un truc.

Sa réponse fut sans appel : « y’a vraiment pas de quoi ».

Once a connard, always a connard.


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Commentaires (3)

 

  1. Itvan dit :

    Evidemment, encore un crash test pour voir si l’eau çà mouille ! Décidemment, qu’est ce qui nous pousse à toujours vouloir vérifier çà ? Franchement !
    Comme si les années qui ont passé sont passées sans servir au moins à çà !!!
    Qu’elle naïveté de ta part (mon) lapin… mais toujours un régal ton autodérision ;) )

  2. Lapin dit :

    Hihi.
    J’adoooore.

    C’était pas un crash test, juste un hasard qui m’a permis de confirmer… on peut toujours penser que les gens changent entre l’adolescence et l’age adulte. Mais des fois, non.

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