Girl power
Ce soir, j’ai assisté au premier amphi de Girlzinweb. Pour les raisons hautement professionnelles, et parce qu’il y avait un cocktail à la fin, aussi. C’était sur le e-commerce, je vais vous épargner le compte rendu, même si certaines interventions étaient particulièrement bien ficelées. La particularité de la chose, toutes les intervenantes et 90% de l’assemblée étaient des femmes, c’est un peu l’idée, vu le nom. Je soulignerais bien entendu et bien volontiers que les mecs étaient à la technique.
Des choses m’ont interpelée. Une des interventions, particulièrement. J’ai entendu, ce soir, que le e-commerce était particulièrement bien adapté aux femmes, pour deux raisons absolument incontestables. La première, c’est que depuis toutes petites, les filles, elles aiment jouer à la marchande. La deuxième, c’est que c’est un secteur qui requiert de jongler avec plein de thématiques, et qu’une shivah (celle avec plein de bras) sommeille en chacune d’entre nous, vu qu’on est habituée à gérer la dinde qui cuit dans le four d’une main, et le torchage des mômes de l’autre (même si ces deux activités, d’un point de vue strictement hygiénique, sont assez peu compatibles). C’est pas une citation exacte, hein, mais pas loin.
Et là, je suis restée abasourdie. Déjà, c’est du sexisme primaire (les hommes, ça fait un truc à la fois, les femmes, plusieurs), et ensuite, ça nous enferme quand même bien dans un cliché dont ce genre d’initiative est supposée essayer de nous tirer. Si on arrêtait de parler en terme de capacité hommes / femmes et qu’on causait compétences individuelles, cela me paraitrait infiniment plus constructif.
Sur le chemin du retour, j’ai réfléchi. Réfléchi au fait que mine de rien, insidieusement, la plupart des remarques franchement sexistes que j’avais entendues dans ma vie, c’était des remarques féminines. Jamais un homme ne m’a jugée parce que je n’étais pas obsédée par le mariage, parce que je vivais plutôt bien ma vie de célibataire. Aucun homme ne m’a reproché de ne pas ambitionner dans la vie d’être un ventre. En revanche, ma médecin m’a fait remarquer qu’il serait peut être temps que j’arrête la pilule pour penser à enfanter. Ma demi-sœur m’a dit que j’avais une vie sentimentale agitée et qu’elle ne comprenait pas qu’on se refuse le bonheur d’appartenir à un seul homme. Une amie m’a dit, compatissante, qu’elle espérait qu’un jour, moi aussi, je comprendrai qu’une femme n’est pas complète tant qu’elle n’a pas enfanté. Une femme a dit, une fois, à la télé, qu’elle ne voyait pas une femme à la tête de la France, que ça n’était pas son rôle, ni son niveau des responsabilité. Une femme n’a pas les épaules. Et des tas d’autres petites remarques, insidieuses, de celles qui ont choisi leur camp : famille, enfant, ménage.
Sortir du moule quand on est une femme, ça n’est pas facile. J’ai beau être à mille lieux d’être une féministe militante, force m’est de constater que l’égalité, même en France, on n’y est pas. Pas uniquement parce que des hommes ont décidé qu’on avait beau essayer, on ne sortirait jamais totalement du schéma, parce que c’était leur pré carré, les épaules et les responsabilités. Le schéma de la femme qui doit être une bonne épouse, une bonne mère, avant sa carrière, ou même, avant ses envies d’autre chose. Surtout parce que des femmes, qui n’arrivent pas elles-mêmes à s’en sortir, vous montrent du doigt quand vous faites d’autres choix. Parce que des femmes, pourtant à des postes significatifs avec de la responsabilité dedans, continuent à asséner ce genre de clichés.
Chépa, ça doit être rassurant, de se dire que si on foire le reste, on a une solution de repli ? Ou justement, de s’abriter derrière « je suis une femme, normal, c’est plus dur pour moi, professionnellement » ? Je rappelle quand même qu’on a globalement les capacités de tout, et qu’on se met les barrières qu’on veut, ou qu’on fait les choix qu’on veut. D’ailleurs, ce serait gentil de les respecter, et de ne pas les annihiler à coup de clichés du siècle dernier.
Finalement, le pire ennemi de la femme, c’est elle-même.
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