Encore raté n°212

Dans les films, il y a toujours des rencontres fabuleuses dans des transports. Un garçon, une fille, paf, le coup de foudre, et ça finit à arpenter Vienne en tombant amoureux. Dans la vraie vie, j’ai arrêté d’y croire, on ne rencontre rien de bon dans les transports, j’ai révisé mes références cinématographiques à la baisse, Before sunrise est devenu Strangers on a Train, et arrêté de croire au destin. Et du coup, je suis généralement mal ou pas coiffée, lunettes sur le nez, ipod sur les oreilles, attractivité proche du néant, voire négative. Puis en général, la vie étant bien faite, je me retrouve toujours avec des voisins au mieux sans intérêt, au pire insupportables – qui puent, font du bruit, sont lourds, grincheux. Mais ce soir, j’ai pris l’avion, et c’était pas comme d’habitude.

 

J’étais collée au hublot, comme d’hab, avec une petite madame revêche côté couloir, quand j’entends « je suis au milieu ».  Ça alors. Il est même pas moche, a l’air de sentir bon, et d’être tout à fait supportable. Même, de plus près (j’ai enlevé mes lunettes illico, comme Marilyn dans How to marry a millionnaire, alors j’y vois moins bien), il est tout à fait joli, enfin, tout à fait à mon goût – ce qui n’est clairement pas toujours la même chose. Jeune, un peu, peut-être. Mais bon, c’est un détail, puis de toutes façons, j’ai arrêté les garçons plus agés que moi, ils sont pas plus matures, mais souvent ils sont moins rigolos, plus dégarnis et plus névrosés. Je me dis que c’est rare, que je croise un garçon à mon goût.

 

Il colle ses yeux bleus dans les miens, et me dit bonsoir, avec un grand sourire. Je lui dis pareil, et je prends la couleur de mon pull. Il fait rien qu’à tousser, s’excuse une fois sur deux. J’ai envie de lui dire « bein alors, faut soigner cette vilaine toux », mais j’ai peur que ça fasse castratrice, alors je me tais. J’ai envie de lui dire « ça me fera un joli souvenir, la grippe A », mais j’ai peur que mon humour particulier l’horrifie, alors je me tais. Au final, je dis rien, on échange des sourires débiles une bonne partie du voyage. Je le trouve chou comme tout quand il me débarrasse de mon verre vide. J’invente des approches dans ma tête. Je suis ridicule. J’assume.

 

Puis bon, ça va vite, le trajet, c’est pas exactement un Paris- Sydney, alors à un moment, forcément, on est arrivés. On est tout au fond de l’avion, il reste assis jusqu’à ce que tout le monde soit sorti, moi aussi du coup, vu que je suis coincée entre le hublot et lui. Il me descend mon sac, me dit au revoir, moi aussi, et je reprends la couleur de mon pull (qui n’est pas bleu, je précise). Puis on sort de l’avion, puis on marche quasi tout le temps à côté comme des glands, en continuant à se sourire, un peu, et à se regarder en douce, beaucoup. Puis à un moment je le perds. Snif. Et je m’aperçois que je me suis perdue aussi, alors voilà, je remets mes lunettes et je cherche les panneaux Paris by train, et je finis par arriver pour acheter un ticket, et là, paf, mes yeux bleus sont au téléphone. Juste là. Et il me sourit. Hasard, destin, j’y recrois d’un coup à cui-là. Agitation intérieure. Je prends mon billet, file prendre l’orlyval, puis blam, je le reperds. Arg, snif, là, c’est la fin, il est resté à Orly.

 

Et puis non. En descendant, je l’aperçois, de loin, devant les tourniquets, planté. Il passe juste devant moi, on se retrouve côte à côte dans l’escalator, on se sourit. La sonnerie du RER retentit, il me regarde, je cours, lui aussi, hop, on est face à face dans le RER. Et devinez quoi ? Sourires, couleur du pull, tout ça, tout ça.  Je vous rassure, c’est presque fini: mon agitation prend fin, il descend, avec un dernier sourire, à Denfert. Qui porte bien son nom d’un coup, j’ai sûrement raté le paradis.

 

 Je froisse le papier que je tiens dans ma main. Dessus, j’ai dessiné un trophée, avec comme légende « Prix du plus joli voisin sur le vol Toulouse-Paris. Malgré la toux ». Rien de plus, c’était juste gentil et classe. Je ne lui ai pas donné.

 

C’est bien malin, j’ai encore raté l’homme de ma vie. Damned.

 

 

 

 

Commentaires (6)

 

  1. Grenoblois dit :

    rhhhhhhaaaa mais nom de dieu, il faut, il FAUT, il FAUUUUUTTTT prendre les choses en main les filles !!!!!!!!!!!! au moins répondre quand il s’excuse !!!
    au moins dire « mais je commence à avoir l’impression d’être suivi aujourd’hui » !
    au moins « moi c’est lapin et toi lapin ? »
    au moins « blup », que qchose sorte quoi !!!

    tsss
    j’aurai pas voulu etre a ta place ;)

  2. Lapin dit :

    Mpf
    Moi non plus, j’aurais pas aimé être à ma place !!!

    (je sais, je suis nulle, mais euh, lui aussi d’abord)

  3. Alex dit :

    Mais euh, c’est pas compliqué de filer son numéro à un mec quand même! C’est plus utile que les petits mots (mais moins drôle.) et là franchement, c’est pas les occas’ qui ont manquées! BOn ok; moi j’ai tendance à le filer à tout bout de champ et même à aller donner celui de mes copines qui ont flashées, mais quand même…

  4. Lapin dit :

    Je sais, je sais
    J’ai été extrêmement mauvaise.

  5. Leo dit :

    Pauvre Lapin!! Ca m’est arrive, un jour d’entretien, en rentrant, dans le metro, je m’en suis toujours mordu les doigts. Bon en meme temps moi je suis un peu la specialiste, les rares fois ou je tombe sur un mec qui me plait, je suis tetanisee et surtout, surtout, ne fais rien pour attirer son attention, et je passe mon temps a me dire « si seulement j’avais fait ci ou ca »… un jour on apprendra! (on va cartonner a la maison de retraite)

  6. Lapin dit :

    Un jour, un jour :-)
    J’espère avant la maison de retraite quand même, ça nous laisse… 40 ans ?

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