Sans eau, le vin
Un jour je discutais avec mon papa d’un sujet que j’adore, mon célibat, et j’ai fait une subtile tentative de clôture de la conversation avec un « ouais bah je rencontre personne qui me plaît vraiment alors voilà », et mon papa il m’a dit sentencieusement que peut-être faudrait que je mette de l’eau dans mon vin parce que sinon j’allais finir toute seule à force. Que j’étais peut-être un poil trop exigeante, et intransigeante aussi.
Alors déjà, entendons nous bien. L’eau dans le vin, c’est dégueulasse. Ensuite, finir seule, c’est peut être pas non plus la pire punition de l’univers, finir avec un connard ou un mec que j’aime pas me paraîtrait quand même vachement plus problématique. Mais ça n’engage que moi, hein. La menace du célibat éternel ne m’a jamais complètement traumatisée, d’ailleurs, mais j’ai peut-être tort. Je ne suis pas exigeante: je veux que ça le fasse, quasi immédiatement. Je ne suis pas intransigeante, je n’ai tout simplement pas l’intention de changer.
Je vois pas bien l’intérêt de faire semblant de pas être moi histoire d’attraper un pauvre gars, pour ensuite finir par lui sortir mon vrai moi et qu’il soit très désappointé voire horrifié. Non que mon vrai moi soit si horrifiant mais bon, des fois, il peut surprendre, tu vois…Par exemple, si je fais semblant d’être toute douce toute gentille et de secouer mes cheveux en riant « hihihi » dès qu’il sort une blague pas drôle, et qu’en vrai je suis pas toute douce et je l’ouvre et fais des blagues tout le temps et quand ses blagues sont nulles je le regarde avec l’air consterné, il va forcément être déçu, quoi, le pauvre gars. Donc autant que tout le monde gagne du temps: je reste comme je suis, et les garçons s’enfuient – c’était pour la rime, c’est même pas (trop) vrai.
Dès le départ je pense qu’il vaut mieux annoncer la couleur. Mon humour de merde. Ma psychorigidité. Mes principes. Mon control freakisme. Mes goûts. Mes exigences. Mes attentes. Changer, arrondir les angles, me créer des obligations, passer sur de l’inacceptable, bien sûr, je pourrais le faire, c’est à ma portée. Sauf que j’ai pas envie. C’est moi, tout ça, et je m’aime pas mal comme ça en fait. Donc si on veut, on prend. Sinon, on laisse. Je veux changer personne, et j’aime bien qu’on respecte ça. Et du coup j’aime assez l’idée qu’on ne me change pas non plus. J’ai clairement pas une check list pour déterminer le mec idéal, mais le vague sentiment que s’il est idéal, je n’aurai pas besoin d’être quelqu’un d’autre pour qu’il soit avec moi.
C’est sur, ça fait une sacrée sélection naturelle, à ce stade là, c’est presque un génocide, d’ailleurs. Il y a quelques jours on m’a dit que je devrais assouplir mes principes, laisser sa chance au produit, même quand une situation cadre pas avec mes envies, tout ça. Bein non. Une relation c’est pas un travail de chaque instant, je crois. OK, peut-être que ça nécessite quelques ajustements ponctuels, mais pas d’efforts surhumains. C’est mon point de vue, je le partage avec moi-même, et j’ai tendance à un peu emmerder mon monde là dessus.
Je changerai pas d’avis, et il y en aura un qui échappera à l’extermination massive et on boira ensemble du vin non dilué.
Et de la bière.
Mots-clefs :intransigeante, psychorigide, relations
Commentaires (10)
J’adore ton texte
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Ce qui est rigolo, c’est que j’ai eu la même converse avec ma grand-mère que toi avec ton père (mais ya si longtemps que depuis ma grand-mère est morte, et moi même plus célib’).
Elle m’avait dit « faut mettre de l’eau dans ton vin, regarde, moi, je suis restée avec Pépé, il te faut un homme à la maison pour réparer les choses, tout ça… » J’avais trouvé ça hilaro-déprimant. Moi, je l’aimais beaucoup, mon Pépé !
Ah, et je préciserais quand même que le coup du mec idéal, ça y en a grosse fumisterie. Mais mec qui t’aime à peu près comme t’es, même s’il répare rien dans la maison, ça oui
Hihi
Approche pragmatique des relations, ta grand-mère.
Ceci dit, ça fonctionne aussi, hein, tout dépend de ce qu’on veut. Perso oui, ma vision du mec idéal est un mec qui me supporte et réciproquement, vu que je sais changer une ampoule ou une chasse d’eau toute seule.
Une question me démange: as-tu mis de l’eau dans ton vin toi ?
Oula !
Un retour en force un lapin déchainé sur cette article ! Non mais je suis d’accord avec toi, faire des petits efforts pour s’accorder sa marche mais faire des efforts surhumain ! Tiens en disant accorder je me suis rendus compte d’un bonne exemple prenons nous comme une guitare toute les guitares peuvent jouer ensemble, mais seulement une ou deux donne un son parfaitement harmonieux et donc certain ce contente d’une musique à peu près correcte et d’autre cherche le bonne accord quitte à au pire changer une ou deux cordes ^^.
Continue à nous raconter tes pensées avec ironie et je continuerais à te lire avec plaisir =)
A+ Marc
Etant donnée l’injustice profonde en matière d’espérance de vie dont nous sommes victimes, nous les mâles-changeurs-d’ampoules/porteurs de valises/buveurs de spiritueux et d’autres fariboles, il est probable, chères Dames Eunologues, que vous disposerez dans tous les cas de quelques années de vraie tranquillité, seules, dans une jolie petite maison de retraite en fin de parcours!
La quantité d’additif (ouzo, whisky, bière, chouchen ou encore eau si vous y tenez) que vous devriez ajouter à votre vin pourrait donc évoluer proportionnellement à l’inverse du carré de l’hypoténuse du temps pendant lequel Pépé pourra encore lire les touches de la télécommande et soutenir une discussion avec vous concernant l’évolution dramatique du prix des bottes en dehors des périodes de soldes qui chaque année arrivent trop tard et se vident beaucoup trop rapidement, surtout dans les tailles que vous recherchez, ce qui est une honte, nous sommes d’accord. Je plaide donc pour une dilution modérée mais réelle du vin, afin de profiter des bons moments tant qu’il en est temps. Promis, je publie la formule de calcul très vite sur science.com/essentials.
@marc: merci merci (et oui la métaphore de la guitare n’est pas mal)
@flight mood: ah te revoilà toi ! fabuleux commentaire. Je n’en mettrai pas plus d’eau dans mon vin, mais j’ai bien ri. Je tiens quand même à préciser que modulo l’envie que « ça le fasse » je n’ai pas de critère précis donc pas grand chose à diluer, en somme. Le but ultime n’étant pas la tranquillité en maison de retraite une fois que Monsieur sera enfin décédé mais plutôt un temps agréable de vie commune du vivant de tout le monde.
Mon père disait: trouves-en un avec deux-trois défauts, il pourrait avoir cinquante-six qualités. Une expression de chez nous! Sinon, lâchez pas Lapin, soyez exactement vous-même. Il n’en faut qu’un pour apprécier. Et ça existe même si c’est pas modèle courant. Je sais de quoi je parle…
Squizz Effrainé !
Au moins c’est clair, on est prévenu, Mlle ne lachera pas grand chose.
Je crois juste que c’est pas facile (pour pas dire impossible) d’être en même temps, pour l’autre, la saveur et la consistance, ce qui réjoui et ce qui rempli, enflamme et calme… Bref, ce qui est toi et que tu n’es pas prête, à concéder !
Mais peut être je me trompe
Itvan
Roh…
Que c’est raccourci tout cela. En effet, je lâche pas grand chose, je ne suis pas prête à chambouler tout ce qui fait moi pour quelqu’un, mais avec un peu de motivation, je peux tout à fait faire des efforts … enfin je crois. Ou pas. Who knows ?
oh putain une femme libre
Je crois que je vais pas lâcher le lapinou…
Tu me fais beaucoup de bien.
Tu t’exprimes simplement, sans haine ni colère sur des sujets qui me transforment en Melle Hulk dés que j’y suis confronté.
Je garde le lien.
Merci merci !
Ne me lâche pas, j’aime bien avoir de nouveaux lecteurs assidus !
Welcome, Azela