Humeurs de Lapin
Au secours, j'ai 30 ans ?
Thursday, 07 February 2008 23:06
Tic tac tic tac fait l'horloge biologique. Ah bon, tu es célibataire, comment ça se fait, font les collègues de bureau. Tu as une vie de fou, ma fille, fait Mamanlapin. Vos gueules ! fait le Lapin (enfin pas à Mamanlapin, tout de même).
Non, je n'ai pas de plan de carrière. Non, je ne suis pas mariée avec des enfants (c'est interdit par la loi, d'abord...ok, je sors). Non, je n'ai pas de PEL. Non, je ne suis pas propriétaire de mon appartement. Oui, j'ai presque 30 ans. Et alors ?
On se disait, récemment, avec les copines du Lapin, que bon, globalement, on n'était pas plus avancées qu'il y a dix ans. Sauf que ce qui avant paraissait normal mais flippant (ne pas savoir), semble maintenant être une situation mine de rien voulue, pas particulièrement angoissante. Juste on a arrêté de faire semblant de savoir, ou plutôt de vouloir savoir où on allait. Juste on a arrêté de prétendre savoir qui on était et ce qu’on faisait. Juste on veut plus jouer aux grands, vu qu'on l'est un peu plus. A nos âges, le monde est clairement coupé en deux: ceux qui ont joué aux adultes, et qui en sont devenus, des adultes, et ceux qui veulent pas trop grandir, trop vite.
Parce que savoir, décider, vouloir, faire, c'est un truc de grands. Qui a du charme à 20 ans, parce qu'on n'est pas grands, justement, et qu'on peut plus facilement se planter, et perdre son temps, errer, hésiter, se prendre la tête, ce qui à 30 n'est pas forcément souhaitable. Maintenant, il me semble qu'à défaut de savoir ce que je veux, je sais ce que je ne veux pas, me dit-on. C'est exactement ça. On se construit beaucoup dans la réaction (à ses parents, à son passé, à son entourage), mais finalement, on se construit. On devient plus exigeant, plus soucieux de soi (j'ai pas dit égoïste). On choisit de ne pas choisir, finalement. On va dire qu'on s'est à peu près trouvé le modèle de vie souhaitable, pour soi, pas dans l'absolu, et on s'y tient, au lieu de faire comme tout le monde parfois par confort, souvent sans conviction.
On a davantage envie de profiter, de se laisser porter, on s’imagine pas dans 10 ans, parce qu’on sait qu’on n’est pas là où on s’imaginait être il y a 10 ans, alors c’est pas la peine de s’énerver. On verra bien, où on sera. Professionnellement, personnellement, sentimentalement, financièrement. Stressez pas le Lapin, avec vos questions. Il n’y a pas urgence. On vit plutôt très bien, célibataire (ou pas, hein, mais pas forcément en mode propriétaire / parent), pas fortuné, sans grandes ambitions professionnelles mais un boulot qui où on se rend pas en traînant les pieds. Prendre son temps, c’est bien, c’est important, pour se connaître, se comprendre, s’aimer, savoir être seul avant de prétendre pouvoir faire autre chose à plus d'un. Et peut-être un jour, on aura des certitudes, on voudra des trucs, on fera des choses « constructives et pérennes ». Mais au moins, on aura pris le temps de se faire une deuxième crise d’adolescence. On aura profité de la vie seul, de sa jeunesse, on aura pas de rancœur si on passe un jour à autre chose.
Et finalement, être ado sans l’acné, les vilaines fringues, le manque de confiance en soi et de maturité, avec des sous, un boulot, un appart et des amis, c’est pas la belle vie ?


