Humeurs de Lapin
Chéri, fais-moi peur !
Thursday, 07 February 2008 23:03
La fille avance lentement vers le rideau. Elle tend la main pour l’écarter et aaaaaaaah, évidemment, j’ai rien vu, j’avais rabattu mes oreilles devant mes yeux… oui, je sais, c’est classe, mais je suis un Lapin, je vous rappelle. Un Lapin qui aime les films d’horreur. Les bons vieux gores et débiles des années 70 à la Evil Dead, qui font plus rire qu’autre choses, les glaçants à la Shining (ah, la scène où sa femme découvre ce que Nicholson a réellement écrit pendant leur séjour à l’hôtel), les films asiatiques avec leurs fantômes / démons vengeurs qui n’ont rien à voir avec les nôtres, mais font très très peur. Dans le cochon, tout est bon.
Même si les techniques sont toujours les mêmes, elles font toujours leurs preuves. Pourquoi diable les héros (enfin, héros, vu que la plupart meurent vite et dans d’atroces souffrances, je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça) s’entêtent-ils à aller là où leur a dit de ne pas aller, la nuit de préférence, avec personne pour aider à 3 kilomètres à la ronde ? Pourquoi des bandes de jeunes vont-elles camper en forêt alors qu’un serial killer à masque de hockey rode ? Pourquoi s’obstinent-ils à essayer de tuer Freddy, au lieu de s’enfuir à l’autre bout de la terre ? Pourquoi ouvre-t-on toujours la porte derrière laquelle se trouve le zombie ? Et surtout, surtout, pourquoi l’héroïne est-elle prise d’une irrépressible envie de se doucher quand l’heure est grave ?
La question est plutôt, alors qu’on est tous des adultes plus ou moins finis, pourquoi on trouille tous autant qu’on est devant ce genre de scènes ? Ca doit nous renvoyer à notre enfance. Les trucs qui nous traumatisaient quand on était petits, on va s’en reprendre une petite louche de temps à autre, pour se prouver qu’on est grands et qu’on a même pas peur. Ou alors, pour se prouver qu’on est pas si grands, et qu’on a toujours peur de certains trucs comme quand on était petits.
Personnellement, quand j’étais un petit Lapin, j’aimais pas du tout avoir peur: entre les réveils traumatisants où j’étais persuadée qu’il y avait quelqu’un dans la chambre, et qu’il ne me voulait pas que du bien, les trouilles irrationnelles dans les caves (celle chez mes grand-parents m’a terrorisée jusque tard), les enfouissages sous la couette et la panique quand on trouve plus la sortie (oui, j’étais pas très fine, petite), sans parler des multiples vérifications sous le lit où je n’ai jamais rien vu. Enfin rien est inexact, le Lapin foutait tout un tas de machins sous son lit, ce qui rendait ma mère folle, mais je ne pouvais décemment pas lui expliquer que c’était pour rendre l’endroit impraticable aux vilains.
Aujourd’hui encore, j’ai des tiroirs bien remplis sous mon lit, un chat (bien connu pour repérer les choses qui font peur et que l’on ne voit pas), et des crises de panique en sentant une présence par moment la nuit (même si c’est vraiment vrai, parfois, il y a en effet quelqu’un dans ma chambre, mais il n’y a pas de quoi avoir peur - quoique, ça dépend qui et comment il ronfle). J’ai aussi une fâcheuse tendance à croire aux histoires de fantômes, d'objets qui volent dans des maisons construites sur un ancien cimetière indien, et jamais, mais alors jamais, on ne me fera mettre un pied dans une maison réputée hantée.
Alors pourquoi en plus j'aime tellement aller voir des films d’horreur ? Sûrement, comme je disais, pour retrouver de vieilles sensations, et parce que ça me rassure toujours de voir des gens faire des bonds alors que je reste tranquille, ou des filles crier (c’est quand même souvent des filles, les garçons, ils se retiennent pour ne pas mettre leur virilité en danger). Je me dis, y’a pire trouillard que moi.
Et quand même, il faut le signaler, comme technique de drague, y’a pas mieux. Il n’y a qu’à voir, le public des films d’horreur, c’est 90% de couples. C’est l’occasion idéale de se blottir contre son chéri (j’ai dit se blottir, pas lui planter les ongles dans l’avant bras, ni lui crever le tympan et lui coller la honte de sa vie en hurlant) parce qu’on a crécré peur, et que lui comme il est classe, beau, et foooooooort, et inébranlable, il va nous protéger. Faites gaffe quand même, méfiez-vous de ses airs gentils et attentionnés, et planquez la tronçonneuse.


