Humeurs de Lapin

Straight to hell

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Monday, 11 February 2008 23:13

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Je ne suis pas particulièrement croyante, mais un de mes passe-temps, c’est quand même d’imaginer ce qui arrive quand on a passé sa vie à complètement merder dans les grandes largeurs, ou qu’on est l’infortunée victime d’une erreur d’aiguillage, et qu’au lieu d’obtenir un entretien avec le barbu aux clés, on se retrouve à un endroit qu’on ne recommanderait à personne. Les enfers du Lapin, c’est ici.
L’enfer, on y meurt d’ennui
En fait, là-bas, y’a rien. Vous êtes tout seul dans un studio pourri, vide, pas de télé, de téléphone, ni de wi-fi. Pas de livres. Même pas d’aiguilles pour tricoter. Pas de cuisine. Vous n’avez jamais faim ni soif, de toutes façons. Pas de lit, vous n’avez pas sommeil. Vous sortez, y’a rien. Votre studio est un petit bunker au milieu d’une surface aride et craquelée, même pas une fourmi pour vous tenir compagnie. Rien. Le néant. Personne. La surface aride et craquelée est un petit carré suspendu dans les airs. Vous ne pouvez pas partir, et rester est insupportable.

L’enfer, c’est les autres
Dans votre vie, vous en avez rencontré un paquet, des gens. Des très bien, des moins bien, des pourris, des irritants. Et bien ils sont tous là-haut, ceux que vous n’avez pas aimés. C’est comme si on avait éradiqué de la surface de la terre tous les gens avec qui vous pourriez avoir des atomes crochus, même des petits.  Un peuple plein de beaufs, de râleurs, de cons, de mauvais, de gens avec qui vous n’avez rien en commun, rien à dire, des têtes que vous avez détestées. Vous vivez parmi eux, seul, sans une once d’espoir de pouvoir nouer des liens, tellement ils vous insupportent, et c’est réciproque. La solitude comme seule échappatoire, et encore, comme vous vivez quand même, vous déplacez, allez travailler, et êtes obligés de côtoyer des êtres que vous trouvez détestables, et qui vous pourrissent chaque jour la mort.

L’enfer, c’est vous
Imaginez-vous arriver là haut, très pas rassuré, et en fait c’est tout calme. On vous accueille poliment, et on vous installe dans une sorte de petite salle de ciné, avec une seule chaise en bois très inconfortable, il fait une chaleur à crever, genre l’UGC George V quand la clim est en panne. Vous vous installez, un peu sceptique, et là le film commence. Et l’angoisse aussi. Ecran noir, votre nom apparaît.  C’est le film de votre vie. En temps réel. Pas moyen de faire avance rapide. De votre naissance à votre mort, chaque moment, du plus intense au plus insignifiant, du plus glorieux au plus minable, tout passe sous vos yeux consternés. Les chagrins, les joies, les petites victoires du quotidien, les vomis après des soirées trop arrosées, tout. Vous vous voyez vivre, manger, dormir, pendant des années. Vous arrivez enfin à la fin, vous vous levez pour sortir, toutes les issues sont condamnées. La lumière s’éteint. Et le film recommence.

L’enfer, ça fait peur
L’enfer, c’est l’ambiance d’un Indiana Jones métissé de Fear factor avec un peu de Massacre à la tronçonneuse. Vous faites face à vos pires cauchemars, vos pires peurs, toutes vos phobies. Pour rentrer chez vous, vous êtes obligés de prendre la clé dans un trou rempli de serpents et de cafards. Une fois chez vous, Freddy et Jason vous coursent toute la nuit. Du sang ruisselle de vos murs et vous entendez des hurlements résonner en permanence. Vous travaillez dans une prison remplie des pires sadiques de tous les temps. Vlad l’empaleur joue aux cartes avec Hitler. Des fois, pour vous faire des blagues, les autres gardiens vous enferment et ouvrent les cellules. Quand vous prenez les transports, vous devez essayer d’éviter Jack l’éventreur et des attentat quotidiens. La teuf, quoi.

Je m’en fous de toutes façons, je suis un gentil Lapin, j’irai courir nue dans les champs du paradis.