Humeurs de Lapin

Crash-test

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Monday, 11 February 2008 23:00

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On imagine que vous avez trouvé quelqu’un que vous projetez de transformer en chéri officiel sous peu. Déjà, cette étape est pas forcément gagnée, mais si ça arrive, il faut d’ors et déjà se préparer psychologiquement. Parce que les débuts, c’est comme un 100 mètres haies, c’est déjà pas facile de courir, en plus, on vous rajoute des obstacles. Vous voyez les petits hommes qu’on met dans les voitures pour les jeter dans des murs ? Et bien le futur chéri, c’est ça qu’il est. Voici mes voitures.

Les fringues. La plupart des garçons ne s’habillent que parce qu’il ne faut pas sortir tout nu sinon on se fait arrêter. C’est bien dommage. Il faut que ça cesse. Prenez soin de votre tenue. Evitez les vêtements rédhibitoires. En tête le vieux survet dans lequel même Brad ressemble à rien (non, même pour traîner dans le terrier, on évite), les chaussures de ville à lacets, les polos Célio (fortement mis en avant en vitrine ces temps-ci, d’ailleurs, je ne sais quel hérétique a pris cette décision marketing, mais qu’on me le brûle), les pompes bateau avec le bermuda et le polo rayé Eden Park (à 30 ans, faut arrêter le look école de commerce), les chemises vastes et les t-shirt ramollos.

La discussion. J’ai complètement renoncé à avoir en face de moi un garçon qui parle de lui, de ce qu’il ressent. C’est comme le Prince Charmant, ça n’existe pas. En revanche, quelqu’un qui répond quand je lui parle , qui m’écoute, qui rebondit sur ce que je dis avec quelques anecdotes, j’apprécie. Mais faut pas trop parler, genre le show-monologue où on peut pas en placer une, j’exècre. Surtout que c’est louche, un mec qui parle autant (cf début du paragraphe). Et surtout, surtout, savoir se taire. Il peut y avoir des blancs, on juste se sourire, c’est bien aussi. D’ailleurs, c’est là qu’on voit quand on est vraiment bien avec quelqu’un : on a pas besoin de meubler. On regarde ensemble l’ange passer, c’est joli.

Le ciné. Ca a l’air anodin, comme ça, un ciné. Mais non, le Lapin veille. Déjà, le passionné de film d’auteur tchèque, ça va pas le faire. Pour le premier ciné, je choisis un film drôle. Et je guette. Il parle comme s’il était devant sa télé, surtout pour dire des conneries entre deux pubs quand tout le monde les entend, il sort. Il rit en décalé (avec moi), genre quand c’est pas drôle, il se tape sur les cuisses (pire, il tape sur les miennes), il sort. Il rit pas quand c’est drôle, idem. Il bouffe des pop corn après le début du film, il sort. Il râle (trop près, trop loin, trop de monde, pas assez), il sort. Mais s’il aime pas le film, et que je l’adore, on peut encore s'arranger. Il choisira le prochain.

Mon appétit. La bouffe en général, c’est assez révélateur. Moi j’adore manger, alors il ne me faut pas quelqu’un qui ne pense qu’à se nourrir pour pas mourir et ne fait pas la différence entre un pâté Olida et du foie gras. Ensuite, il y a la tenue à table : pas trop parfait, sinon j’ai l’air d’une truie, vu que malgré mon éducation irréprochable je ne mange pas toujours très proprement, mais on ne parle pas en mangeant, c'est inaudible, on ne fait pas des blagues en ouvrant sa bouche pleine d’épinards (« Regarde, j’ai les dents de Hulk »), du moins pas au début, et on me propose de goûter. Mais on mange pas trop dans mon assiette sous prétexte que c’est vachement meilleur ce que j’ai pris, parce que là je peux devenir violente (mon côté Joey). A la fin, des fois on m’invite, mais des fois j’ai pas envie et je veux payer, tout ou moitié, alors on insiste pas lourdement.

Mes animaux. Il ne peut rien se passer avec un allergique aux poils de chat, ni avec quelqu'un qui me dit "le chat, là, il peut pas dormir ailleurs ?" (et toi ?), ou qui regarde mes bêtes d'un air mi dégoûté mi-méprisant. Puis mon chat, lui, il sait juger les gens. Il est plus clairvoyant que moi. Quand il est pas aimable avec quelqu'un, c'est un signe. Lui n'a jamais fait d'erreur de jugement. Je ne peux pas en dire autant.

Les week-end. Moi j’aime bien partir en week-end de temps en temps, mais pas trop parce que j’aime bien profiter de Paris. Et des fois j’aime bien partir avec mes amis, et rien que mes amis, et c’est pas une punition, et c’est pas la peine de ronchonner ou de faire des yeux de chien battu. Sinon peut aller retrouver ses congénères à la SPA. Et quand on part avec moi, on ne me fait pas me lever aux aurores (voir point suivant), ni faire de la rando avec un sac de 15 kilos pendant trois jours. Ni 300 musées. Et si à l'inverse je fais un programme d'hystérique (mon côté Monica), on me le fait remarquer, et je me calme.

Mon sommeil. Pour moi, le sommeil, c’est la chose la plus sacrée de la terre. Alors si on veut se lever le WE pour aller faire du sport à 8 heures du matin, on ne dort pas avec moi. Je tiens à mes grasses mat’ comme à la prunelle de mes yeux. Et après, faut pas trop s’agiter non plus, il est possible que j’ai envie de me translater du lit au canapé et de pas trop bouger. Par contre je n’oblige personne, hein. Mais qu’on me laisse loutrer en paix, à défaut de loutrer avec moi.

Mon indépendance. Je suis Lapin unique. Mes parents ont arrêté après moi, ils se sont dit qu’un seul suffisait. Du coup, j’ai eu assez l’habitude des activités solo, et j’aime bien. Alors des fois, j’ai besoin d’être seule avec moi. Ou seule avec des amis. Faut pas se fâcher, rien de personnel, point trop d’invasion, c’est tout ce que je demande. Pas de zoeilles de chien battu (les mêmes que pour le WE).

Mon papa. Le crash test ultime. Papa Lapin est difficile, il ne donne pas sa considération à tout le monde. Déjà, on lui pique sa fille, il est pas content. Peu de gens ont survécu. Et surtout, surtout, on ne critique pas Papa Lapin. Il est parfait. Il est beau, complètement drôle et intelligent. Non mais.

Voilà, je crois que j’oublie rien. Je suis pas si intolérante, finalement, quand je relis, je me dis que ça va, c'est pas si horrible. Ça laisse quand même une bonne marge de manœuvre. Je suis super facile à vivre, au fond. Mais je dois reconnaître, même si ça m’arrache le museau, qu’il n’y en a pas eu des tonnes qui on passé tous les tests. Un seul, en fait. Mais bon. Au moins, ça filtre. Après, il faut aussi que je survive aux crash-tests du Monsieur. Pas gagné, ça. Gnihi.