Humeurs de Lapin
Train du matin, chagrin
Monday, 11 February 2008 22:59
Y’a des trains qui me font lever aux aurores en grande forme, les oreilles dressées et le museau frémissant, parce que c’est les trains des vacances, et que c’est chouette 2h30 plus tard d’être à la maison au soleil. Y’en a d’autres des moins sympas, c’est les trains des travailleurs.
Le train des travailleurs, je le prends fort heureusement rarement. Parce que m’obliger à me lever à 6h30, c’est la chose la plus horrible qu’on puisse faire à mon légendaire sommeil, à part s’endormir avant moi en ronflant.
6h30, il me faut trois réveils, une vitamine C et un earl grey pour commencer à décoller mes zoeilles. Je me traîne ensuite tel les zombies de Romero vers la salle de bain, en produisant presque les mêmes sons qu’eux. Douche. Maquillage à la truelle, c’est pas facile avec les zoeilles encore collés. Habillage. Dehors dans le froid ou la pluie, bus. Direction Gare du nord.
Bienvenue dans la fourmilière. Ca grouille de monsieurs grincheux et cravatés, de dames en tailleurs, ça se bouscule, ça râle. Je rampe vers mon TGV Paris-Lille, au milieu de tout ça, complètement décalée. En général, je rythme ça avec un peu de musique, ça rend la chose encore plus bizarre.
Ayé, assise. Quand, j’ai la chance de voyager seule, donc pas l’obligation de faire la conversation, je me roule en boule, prête à rattraper un peu de sommeil. Blam. Un portable dans ma tronche. Blim, une veste. La prochaine fois je demande une place fenêtre, pas couloir.
Les zoeilles encore pas très ouverts, j’observe la horde de ronchons cravatés. C’est marrant, harnachés avec leurs portes documents, leurs portables, ils me font penser aux gosses qu’on voit aller à l’école, avec des cartables plus gros qu’eux. Des gros hannetons qui, s’ils tombent sur le dos, sont incapables de se remettre sur leurs pieds.
Tout ce joli monde finit assis. Attention à la fermeture des portes, bip, ce train est sans arrêt jusqu’à Lille. La moitié du train s’y arrête, l’autre moitié dessert des destinations torrides genre Roubaix, blablabla. Ta gueule, le monsieur dans le micro. Dodo.
C’est sans compter l’exemplaire force de travail de notre belle contrée. Ceux qui voyagent à plusieurs commencent à causer de ce qu’ils vont dire en réunion, en employant des termes ravissants qui font très très pro, bien sûr. Au jour d’aujourd’hui, je l’adore celui-là. Ou alors, comme on va pas parler boulot, parce que merde, il est tôt quand même, on cause mouflets, ou on dégomme ses collègues, ou on dit des trucs tellement vides que j’ai envie de me retourner en disant « chut, dors, arrête de faire du remplissage verbal, madame ». Alors il m’a dit, alors je lui dis, non mais tu te rends compte. Non. Me rends pas compte, ai pas envie de profiter de la conversation, veux dormir.
D’autres beuglent dans leur portable après leur moitié, leur secrétaire, je sais pas qui, parfois dans une langue étrangère. Genre le gros derrière qui s’énerve en allemand, ça fait flipper. Je parle même pas des tic tic tic tic de ceux qui finissent leur présentation à l’arrache. Ni des crêpages de chignons sur les places. Ah mais non, elle te dit qu’elle supporte pas de pas être dans le sens de la marche.
Point de joie, point d’enthousiasme, point de gros sacs de voyage, point de déballage de déjeuner ou de goûter. Juste du ronchon, du travailleur, messieurs dames.
Je me sens un ovni. Je bosse pas, je ronchonne pas, je roupille. Parfois on me secoue, à Lille, pour être sûr que j’ai pas oublié de descendre. C’est chou ça.
Et puis des fois, des rayons de soleil au milieu de la morosité. Un contrôleur facétieux qui s’écrie, en voyant ma tête de vainqueur sur ma carte grand voyageur « et ben , vous avez rajeuni ». Un sourire et un « pardon » après le traditionnel coup de portable. Un jeune mec qui a pas réalisé que son casque était mal branché et qui fait gueuler Joe Dassin « Souvieeeens-toi » dans tout le wagon. Ca rend le sourire. Du coup on peut s’endormir joyeusement. Pendant que les autres ils bossent. Gnihi.


