Humeurs de Lapin
Dirty rabbit
Monday, 11 February 2008 22:47
On dit toujours, les filles, c’est propre, ça range, ça fait le ménage, la vaisselle, tout ça. Ca sent bon dans la maison des filles (arrive pas à faire le cécédille en caps). C’est nickel, une fille. D’ailleurs, on dit fée du logis, pas elfe du logis, y’a forcément une raison. Une fille, ça a ça dans les gènes, l’entretien de la maison. Ca date de l’époque où elles travaillaient pas, et où elles avaient rien d’autre à faire. Après, elles ont travaillé, mais les habitudes ont la vie dure.
Une fois cette brillante théorie posée, je me demande parfois si je suis vraiment une fille. Pour d’autres raisons aussi, mais c’est pas le sujet de cette humeur-ci. Quand il y a de la visite chez moi, c’est tout au carré. Mais là, comment dire, ça doit faire un moment que personne d’autre que moi n’a mis les pieds dans le terrier, même moi j’y suis pas beaucoup, alors c’est le chaos.
J’ai du mal à rentrer chez moi. C’est dingue, ça, deux énormes sacs poubelles m’empêchent d’ouvrir complètement la porte. Je me faufile discrètement et là, je suis assaillie par une sorte d’odeur que je qualifierais d’originale. Un savant mélange de cigarette froide, de vieux prout (pourtant, je jure, je n’y suis pour rien), de chat mal lavé et de sciure de bois imprégnée d’urine de lapin (encore une fois pas ma faute, je ne fais pipi que dans les toilettes, moi, c’est l’autre lapin qu’il faut blâmer). Même un nez très fin n’arriverait jamais à reconstituer ça. Birk.
Je trace dans le salon, en pestant contre ce sale chat qui décidément doit arrêter de manger mes plantes vertes, ça a pour effet de produire des petites flaques verdâtres sur mon parquet. Re-birk. Je vais ouvrir la fenêtre, histoire de faire fuir toutes ces molécules putrides, et là je me dis qu’il fait bien sombre, dehors. Ah ben non. Juste la dernière fois que j’ai fait mes vitres… voyons… oula. Bref.
J’ai faim. Cuisine. Je me colle sous le pied droit un grain de riz qui date d’il y a deux jours, quand j’ai attrapé le sachet dans le congélo par le fond, alors qu’il était ouvert. Je pensais les avoir tous éradiqués, bein non. Pour preuve, un deuxième sous le pied. PFFF. Un steack. J’ai envie d’un steack. Et là désespoir. Mon unique poêle est recouverte d’une pile d’assiettes sales, au fond de l’évier, où elle macère depuis quelques jours. Bon. Il est où, le numéro de Go sushi ?
En attendant, tiens, si je me vautrais devant un DVD ? Je vire la pile de courrier de la semaine du futon pour pouvoir m’y poser, et je découvre avec horreur, en dessous, mon pull que je cherchais partout. Enfin, pour être précise, mon pull sous une épaisse couche de poils. Saleté d’chat.
Quelques suhis plus tard, je tapote négligemment les débordements de sauce soja avec une serviette en papier. Vais quand même pas me lever pour aller prendre une éponge. Puis elle est trop rigolote toute racornie pour lui redonner forme humaine en la mouillant.
C’est l’heure d’aller au lit, tiens. En allant me brosser les dents, je me perfore le pied (pas celui des grains de riz, l’autre) avec quelques résidus de grattage effréné de litière. Catsan n’est pas mon ami. Saleté d’chat. J’enjambe quelques paires de chaussures, quelques chaussettes sales, deux trois jeans, et je contemple d’un air affligé ma pile de linge propre qui ne demande qu’à être rangée, voire repassée (elle peut attendre), mais qui pour le moment fait la tour de Pise vers le sol (plein de poils de chat lui aussi). Des traînées noires sur l’oreiller me rappellent que quand je serai grande, j’apprendrais peut-être à rincer convenablement ma couleur. Et je m’endors comme une bienheureuse après avoir lutté 5 minutes pour me débarrasser des poils de chats qui ont quitté la couette pour se coller dans ma crème de nuit.
Je m’en fous. On peut pas loutrer le WE et faire la fée du logis. Je ferai la fée du logis la semaine prochaine. Peut-être. C’est bon, parfois, d’être un lapin sale. On dirait pas, pourtant, comme ça. Encore un mythe qui en prend un coup.


