Humeurs de Lapin
Space invaders
Monday, 11 February 2008 22:43
Ca pourrait être une humeur sur l’ancêtre des jeux vidéos, mais non. Les space invaders dont je parle, ce ne sont pas des genres de morpions pixelisés, encore que ça ferait une chouette insulte, mais les gens. Les autres, là-dehors, qui me font regretter que la vie ne soit pas un doom like, où on peut dégommer en toute impunité les importuns (à condition d’avoir eu le temps de ramasser le flingue). Là je vois le sourcil relevé et interrogatif de mes huit lecteurs assidus. Laissez-moi expliquer, deux secondes, j’y viens.
L’humeur du jour, elle est sur les gens qui me bouffent mon air. Pas que le mien, d’ailleurs. Cette humeur est dédiée aux gens qui semblent nés pour vous emmerder, pas forcément exprès, juste, parce qu’ils n’ont aucune conscience du monde qui les entoure.
Prenons ceux du métro. Le bus, ça marche aussi. Les gens qui ont des sac à dos devraient être interdits de métro. Surtout en hiver. Déjà, en hiver, la superposition des couches fait que les gens prennent de la profondeur (uniquement physique, la profondeur, hélas). Et bien comme si ça suffisait pas de ressembler à un bonhomme Michelin, il y en a qui se croient obligés de rajouter un gros sac à dos à leur panoplie. Déjà, faut oser, ça donne pas l’air intelligent, un gros sac à dos. Mais ce n’est pas le sujet. Là, ils se retrouvent dans la situation du conducteur (voire de la conductrice, c’est plus parlant encore) de mini qui se retrouve à devoir faire un créneau avec un hummer. Et forcément, les infortunées victimes de cette gaucherie pathétique, c’est moi, c’est vous, enfin surtout moi parce qu’avec mon 1,60 m... Bien sûr, en général, on les voit pas, ils rentrent de face, quand y’a déjà plein de monde dans la rame, et là, insidieusement, avec le déhanché d’un éléphant en tutu, ils se retournent. Blam. Tu le sens mon gros hummer dans ton front ? Hey, les gens, votre truc sur le dos, là, vous pouvez pas l’enlever et le porter à la main ? Les cousins de ceux là sont ceux qui lisent le journal et vous le collent dans la face. Marre d’arriver au boulot avec une bosse et de l’encre sur le nez, moi.
Ensuite, prenons ceux des boîtes de nuit. Déjà, il semble que les gens là-dedans se sont jurés qu’ils ne diraient pas pardon de la soirée. Le mot interdit. Donc du coup, ça shoote dans les tibias, met des coups de coude ou d’épaule, se fraye un passage avec la grâce d’un Obélix qui traverse une meute de romains. Mais pas pardon, jamais, hein. On a juré. Bon. Mais c’est pas le pire. Le pire, c’est les garçons. Ceux qui croient dur comme fer que la parade de séduction de l’homme consiste à décrire en dansant (mal, souvent) des cercles de plus en plus étroits autour d’une malheureuse fille, pour finir par se frotter, ou plutôt lui mettre des coups de dos (parce que souvent le garçon en pleine parade procède en tournant le dos, sûrement pour pas se faire trop remarquer). Elle se pousse, la fille, mais il la colle. Il y a aussi la race de ceux qui dansent pas, mais qui boivent beaucoup, et qui se sentent invincibles au point de poser négligemment leur bras autour des épaules de la fille en train de danser, et l'ayant ainsi immobilisée, de lui hurler avec leur haleine empestée « c’est naze la musique là non ? ». Non, au cas où tu n’aurais pas remarqué, avant que tu ne t’avachisses sur moi, je dansais. Technique : se dégager brutalement, et comme tout le garçon reposait sur vos frêles épaules, et qu’il ne tient plus debout, il tombe, et se fait ramasser et sortir par un videur. Aux 17 suivants. De l'air !
Prenons ceux de n’importe quel endroit calme et tranquille où vous êtes bien paisibles. Une plage, une forêt, un coin de pelouse aux buttes chaumont, un banc, peu importe. Et là, ça loupe jamais, il faut que quelqu’un, que dis-je, quelques-uns (en général nombreux, bruyants, nantis de nains agités, de chien baveux) viennent se coller sur vous. L’instinct grégaire sûrement. Il faut leur dire, qu’on n’est plus obligés de se regrouper pour survivre. L’ennemi ne va pas attaquer par surprise. Mais non. Dans le métro (décidément), il y en a toujours un qui vient se coller à côté de vous, alors que la rame est vide. Mais pourquoi, enfin ?
Prenons ceux qui sont des gorets. Ceux qu’on a oublié d’éduquer, ou qui ont oublié l’avoir été un jour. Mes préférés, c’est ceux qui beuglent dans leur portable, des trucs genre super intéressants en plus (ouais là je fais la queue chez Picard), dans des lieux totalement adaptés : bus, restaurants, ciné, queue chez le boucher. Ceux qui vous passent devant dans les files d’attentes. Ceux qui vous appellent sur votre fixe à 10h du mat’ un dimanche matin en oubliant qu’eux aussi, ils ont dans leur vie passée aimé les grasses mat’ (non, ça, c’est pas bien de dire ça, c’était gentil ce coup de fil). Ceux qui bousculent une vieille dame pour s’asseoir à la seule place libre dans le bus. Ceux qui se rendent sourds en écoutant leur rap tellement fort que tout le monde en profite. Ceux là et tous les autres.
Vous mériteriez un coup de hâche en travers de la gueule. Cassez-vous. Lâchez-nous, moi et mon espace vital. Prenez conscience de l’Autre. Soyez aware, comme Jean-Claude. Merde, vous êtes pas seuls dans l’univers. En même temps ça serait mieux, ça vous éviterait de vous reproduire et de faire des armées de morpions pixelisés. C’est une humeur de vieille conne. J’adore faire ma vieille conne.


