Humeurs de Lapin
Gender confused
Monday, 11 February 2008 22:42
Depuis que j’ai les cheveux courts, des doc martens et un tatouage, il ne se passe pas une semaine sans que quelqu’un, d’un air soupçonneux, me demande de quel côté de la route je conduis. Enfin, c’est parfois plus subtilement formulé, mais ça revient au même.
D’abord, parce que c’est vrai que je ne dégage pas une grande féminité selon les standards, j’ai jeté cheveux longs, déguisements de fille et talons aux orties depuis quelques années, et j’en suis fort aise. Ensuite, une trentenaire célibataire et non pourvue de nains en nombre significatif, mine de rien, on a beau dire, mais c’est louche. Surtout à mon bureau, vrai nid de mères de famille, je pense que ça les arrangerait, comme explication. « Ah c’était donc ça… ».
Un fille m’a demandé récemment si les filles, pour moi, c’était rédhibitoire, ou si c’était juste un malheureux concours de circonstances qui faisait que j’étais généralement seule, ou avec un garçon. J’avoue que la question m’a perturbée, parce que franchement, je ne sais pas trop quoi répondre. Oui ? Non ? Je ne me l’étais simplement jamais vraiment clairement posée, et si il y a quelques années j’aurais répondu un Oui tranché, aujourd’hui, ma foi…
Il faut bien reconnaître que quand j’étais jeune, qui plus est en province, où ça doit pas être rigolo tous les jours de préférer les gens du même sexe, l’homosexualité, c’était un truc très abstrait. Elle était légèrement évoquée par Indochine et son fabuleux Troisième sexe, librement inspiré de la non moins fabuleuse chanson de Stone reprise dans la pub Eram « un garçon aux cheveux longs, ou une fille en pantalon, c’est là la question », mais ça s’arrêtait à ça. Les filles ressemblaient à des filles (cheveux longs, maquillage, jupes droites, talons), et sortaient avec des garçons qui ressemblait à des garçons (virils et mal habillés).
Aujourd’hui, la frontière est légèrement plus floue. Déjà, parce que évolution des mentalités oblige, on se cache moins. Et puis aussi, même hétéros, les garçons, ils revendiquent haut et fort leur part de féminité, ne laissent plus leur maman ou leur copine les habiller, et même des fois, ils ont des cheveux longs. Puis les filles, elles se coupent les cheveux, disent des grossièretés et boivent de la bière (enfin, pas toutes, mais moi, je fais ça). Et quand on vit à Paris et qu’on sort un peu, on se retrouve régulièrement dans des lieux où c’est tout mélangé, et on en arrive souvent, en regardant les gens, à se poser la question « homo ou hétéro ?».
Du coup, on a un peu de mal à s’y retrouver. Ca peut donner des situations de séduction assez ridicules, avec une fille qui flashe sur une fille qui aime un garçon qui aime les garçons, et vogue la galère. Certains ont le fameux « gaydar » qui leur permet de ne pas se tromper, moi, une fois sur deux, j’ai faux. Comme si c’était pas déjà assez compliqué, de trouver quelqu’un avec qui ça colle vraiment bien, il faut en plus maintenant se poser la question « mais est-ce qu’il aime les filles, au moins ? ».
Ca me fait toujours penser à un jour où, quand j’étais gamine, j’avais lu une interview de Dave (oui, oui, je sais…), qui à la question aimez-vous les garçons, répondait « quand j’aime, j’aime une personne, pas un sexe ». Ca m’avait paru obscur. Aujourd’hui, beaucoup moins. Après tout, ça tient presque la route, de craquer pour une personne, et pas une fille / un garçon.
Alors, moi, craquer sur une fille ? Mmm ? C’est vrai que je me dis, une fille, j’en suis une (enfin, pas trop il paraît, mais techniquement si), et je connais le mode d’emploi. Ca parle, ça crie, ça râle. Ca serait simple. Alors qu’un garçon, ça marche quand même pas pareil. C’est peut-être ça que j’aime bien, finalement. Quand j’ai pas le mode d’emploi, que j’y comprends rien et que c’est pas gagné. Donc je vais persister sur ma voie, je crois. C'est un tel succès, ce serait dommage d'arrêter en si bon chemin. Muhinhin.


