Humeurs de Lapin
Le défouloir du bisounours
Saturday, 19 July 2008 23:00
La plupart du temps, je prône la bisounours attitude - le rose avec les coeurs ou l'arc en ciel sur le bidon, sooo cute. Etre gentil poli aimable souriant. Ne pas relever les vacheries. Rester de marbre face aux cons et aux méchants. Serrer les dents. Genre je suis au dessus de tout ça, moi, les bassesses, c'est pour les médiocres. Mon karma en est fort aise. Moi, parfois, moins. Il y a des jours, je veux pas être un bisounours.
Parfois, j'ai envie de prendre une batte de base-ball avec des pointes, et d'aller taper à quelques portes, et de fracasser quelques têtes. Pas au hasard, bien sûr. De crier, de taper, d'insulter, de faire mal verbalement. Pas très bisounours, dans l'esprit.
Parce que des cons, des méchants, des salauds, des pétasses, on en croise un paquet, dans la vie, et des fois on trouve plus noble de s'écraser. Alors là je me dis, je suis super noble, et je m'en félicite, mais quand même. J'aurais bien dit merde (pour commencer, après, ça aurait pu être plus violent verbalement et / ou physiquement) à plein de gens. J'aurais bien été extrêment primaire et collé quelques coups de points dans des gencives... pas de baffes ça fait trop girly. J'aurais bien fait pleurer, dit des horreurs, le genre qui restent en travers pour dix ou quinze années. Des éclaboussures de fiel qui rongent l'âme comme de l'acide chlorhydrique le calcaire. De l'écrabouillage d'ego, ou de parties génitales, c'est bien aussi.
Je n'ai rien fait de tout ça, par bisounourserie, faiblesse, flemme, lâcheté, peur de faire mal. J'aurais dû. Je déteste dire j'aurais dû. J'exècre. Alors je me dis, là, si je le faisais discrètement, personne ne le verrait, ou presque, et ça ferait tellement de bien.
Je pourrais enfin me défouler sur le sale porc misogyne qui m'a dit en entretien qu'ici, les femmes, c'est plutôt à l'accueil ou aux RH, qu'elles postulent, ah ah. Sur le mec de ma copine qui m'a sauté dessus en me disant qu'on était pas obligés de lui dire. Sur une de mes amies les plus proches qui m'a plantée du jour au lendemain dieu sait pourquoi. Sur les gens qui disent qu'ils viennent et qui ne viennent pas. Sur ceux qui me bousculent sans demander pardon. Sur les garçons qui se targuent d'être des mecs bien et qui se comportent encore plus mal que les vrais salauds. Sur les amis communs qui disparaissent quand il y a séparation. Sur les gens qui répondent pas à mes mails. Sur ceux qui répondent pas quand je dis bonjour. Sur les copains de collège qui m'ont jeté des cailloux pendant 6 mois parce que je trainais avec un arabe. Sur la famille qui me demande "et toi alors ?" à chaque mariage. Sur les gens qui s'imaginent qu'être un porc, c'est pas grave. Sur les gens en qui j'avais confiance et qui ne la méritaient pas. Sur les merdeux qui me sifflent comme un clebs dans la rue. Sur les lâches. Sur tous ceux pour qui c'est largement facultatif d'être quelqu'un de bien. Sur tous les égoïstes qui ont pompé mon énergie sans m'en donenr un peu aussi en échange.
Je pourrais, mais je ne vais pas le faire. Parce qu'en effet, ça sert à rien, il y a des causes perdues d'avance, la plupart ne verraient probablement pas où est le problème et j'ai pas vraiment de temps à perdre à m'engueuler ou à casser des dents. Moi je me réincarnerai en truc magnifique, genre en chat, et eux en vers de terre dans lequel on met par inadvertance un coup de pelle en jardinant.
Je vais me contenter de rêver que je suis un bisounours noir avec un masque de hockey et une tronçonneuse, et kill them all écrit en lettres de sang sur le ventre.




