Born to be wild

Humeurs de Lapin

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Orly. A/R Toulouse dans l'aprem, nuit quasi blanche dans les pattes. L'option "RER 50" (50°, 50 milliards de gens, 50 minutes pour rentrer chez moi) est exclue. Taxi, alors. C'est la boîte qui paye, et comme c'est la mienne, je décide que cette note de frais va passer. Sauf que 250 personnes ont la même idée que moi, prendre un taxi, et qu'il n'y en a même pas un, de taxi. Et puis ça roule pas. Je suis mortifiée, partagée entre l'option RER 50, l'envie de pleurer de fatigue et celle de dormir sur place. Je vois un panneau "moto taxi". D'un coup, ça va mieux, un plan C s'offre à moi. Je m'avance vers le comptoir, vois le prix, recule. Et puis là je vois ces petits gars qui ont visiblement très envie de bosser d'un coup, et je me dis, allez, fais un geste pour l'économie de ce pays. Pour info un geste de 55 euros, c'est le prix de la course pour n'importe où dans Paris, donc en gros, à peine plus cher qu'un taxi coincé dans les bouchons, en plus rapide, plus fun et en s'évitant la conversation.

 

On me dit, suivez le monsieur, je m'exécute. Il me regarde, me dit qu'il ne prend pas  souvent de femmes. Je le regarde et lui dit "c'est un souci en effet", et je glousse. C'est naze, mais moi, faut jamais prononcer de phrases à double sens. J'exaspère souvent les gens qui m'appellent ou me SMS pour me dire qu'ils m'attendent dans le resto ou le bar en répondant "je sens rien". Aussi, y'a pas idée de me dire "je suis dedans". Anyway. Il me demande si je veux le grand casque dans lequel on peut se parler ou le petit. Vu la taille provisoire de ma tête tant que j'ai pas atteint le million de visiteurs sur ce blog, je prends le petit, histoire d'apprécier le ride dans le calme. Il me couvre avec une sorte de truc informe en s'excusant de pas avoir deux tailles pour le blouson. Je lui dis que c'est pas grave, ça fait une très jolie robe, parfaite avec mes chaussures. On rigole. Je suis parée, prête à monter. Il m'explique comment, je suis déjà dessus. Ah, ah, mon gars, les motos...

 

[Souvenirs. Déjà toute gamine, j'adorais les motos. Mon côté masculin encore surement, ça. Ca me rappelle un chéri qui freinait fort pour avoir mes seins collés dans son dos, et je le tapais un peu, pour le principe. Un autre chéri, on avait descendu un bout de côte atlantique, j'avais mal aux fesses (à cause de la moto, je précise) et je m'étais faite engueuler parce qu'il m'avait dit "tiens moi ça, je vais pisser" et je l'avais faite tomber dans un moment d'inattention et de mal de bras (on parle toujours de la moto). Easy Rider et Steppenwolf. Un copain qui me dit toujours "serre bien les cuisses" et enchaine par "les autres mecs doivent pas souvent te dire ça, hein", et on rit grassement. Les moto-taxis de Bangkok. Les serveurs des restos qui nous ramenaient avec A. à l'hôtel à Trang, parce qu'on trouvait pas de taxi. La première fois que je suis montée sur une Harley (merci Y.).

 

Ça va pas avec mon pseudo féminisme, mes copines vont encore me fustiger, mais j'ai toujours adoré cette imagerie de filles un peu limite question bon gout vestimentaire et capillaire, un peu soumises, posées à l'arrière de leurs mecs tatouées, avec des gueules de ZZTop, qui boivent des bières et claquent les fesses de leurs meufs en leur disant "ça va ma poule ?". Oh yeah. Puis j'aime bien les motards. Bon esprit. Super respectueux les uns des autres. Et ça mis à part, chevaucher une moto, c'est torride. Comme dirait l'autre, "quand je sens en chemin les trépidations de ma machine, il me monte des désirs dans le creux de mes reins".]

 

Là, de fait, l'engin, il va pas me faire monter grand chose. Globalement, le siège passager, c'est un genre de fauteuil en cuir avec des poignées dessous comme dans les toilettes handicapés. Ça va, je devrais survivre. C'est parti. Et quand même, l'effet est là, le vent dans la gueule, l'ondulation gracieuse entre les voitures, les accélérations, on se sent libre. C'est jouissif. En plus mon chauffeur sent bon, et a de belles épaules. Sa tête j'ai pas fait gaffe, quand je suis concentrée et préoccupée, on pourrait me mettre dans une salle de réunion avec 20 sosies de Clive Owen, que je dirais "Bonjour messieurs, alors, l'ordre du jour, blabla". 

 

C'est bien, c'est rapide. Arrivés dans Paris, il m'ouvre mon casque, "sinon je vais mourir étouffée", et me fait la conversation, avec de la musique en fond. J'admire le paysage, mieux qu'en voiture. On arrive à la maison, il me met un grand coup de coude dans la gueule (merci le casque) parce qu'on descend bêtement en même temps. "Je prends pas beaucoup de femmes, et en général, elles descendent pas toutes seules", me dit-il. Il a les yeux bleus piscine, tiens, décidément, c'est très répandu en ce moment. Il me donne sa carte, si j'ai besoin d'une autre course, ce sera avec grand plaisir. Je ny' manquerait pas, enfin bon, vu le prix de la course, ça va quand même pas être tous les jours. Bilan donc, rejoindre Paris en un temps record la truffe au vent en sifflotant Born to be wild, et avec un chauffeur charmant, moi je dis, c'est à tester, ça change des taxis traditionnels.

 

(ndlr: ça serait bien que ça se répande et se démocratise question tarif, parce que Paris, ça devient quand même sacrément impraticable en caisse. S'il pouvait mettre une flotte de taxi Harley à dispo, Bertrand, ça me ferait plus d'effet que Paris-Plage. En vous remerciant Monsieur le maire).

 

 

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