Je suis rital et je le reste
Lundi, 29 Juin 2009 10:25
Ce matin, en découvrant que j'avais quasi retrouvé l'usage de mon oreille gauche, je me suis dit qu'il était indispensable de fêter ça en m'offrant une paire de chaussures. J'ai pas une thune, mais comme c'est les soldes et que j'ai arrêté de fumer, l'un dans l'autre, ça va le faire. Et j'en ai ab-so-lu-ment besoin pour mon RDV de demain. Après avoir fureté partout, je me fixe sur deux trucs importables, des fuck-me shoes, une paire de noires, une paire de corails, et je fais la fille, c'est à dire, je passe plus de 10 minutes à méditer sur noires / corails / noires ET corails ? Fait un peu chaud pour prendre des décisions, en plus. Puis je sens un regard, là, très insistant, y'a un mec planté qui m'observe fixement. Je détaille, en me demandant ce qu'un mec fout dans un magasin de chaussures pour gonzesses. C'est Ken. Enfin, Ken Dolce Vita.
Beau gosse, yeux bleux transparents, cheveux noirs un peu longs, chemise à fines rayures un peu ouverte mais sans la chaîne en or qui brille. Classe. Rital, indéniablement. Je regarde derrière moi, y'a une sorte de bombasse de 20 ans, le bronzage impec, le cheveux raide impec, la peau impec, le cul impec, les ballerines blanches impec. Je me regarde, j'ai le cheveu qui a séché pendant que je courais chez l'ORL, pas de maquillage j'avais la flemme, et je plisse mes yeux parce que je suis encore partie précipitamment en oubliant que j'étais myope. Qui plus est, j'ai un pantacourt treillis qui fut kaki avant d'être délavé, et un truc informe rouge en haut. Sexitude, -12. Y'a bien que quelques garçons très amoureux, donc pas très objectifs, qui m'ont trouvée sexy dans des états similaires. OK, le rital, je vais me baisser, comme ça tu verras mieux la bombasse, espèce de raclure, alors que ta nana est à côté.
Mais nan, damned, en fait, c'est moi qu'il regarde. Mate, plus précisément, ostensiblement, quand je suis assise, puis quand je marche avec mes fuck-me shoes, il se retourne pour mieux voir. Dingue. Du coup ça m'énerve encore plus. Je le regarde. Il me noie dans ses yeux piscine, me sourit ultra-brite, manque plus que la rose entre les dents, et me dit "Je trouve que les rouges vous vont mieux". Un, déjà, c'est pas rouge, c'est corail. Deux, si j'avais besoin d'un avis, je demanderais. Trois, occupe toi des pieds de ta meuf. Bon. J'ai envie de faire un truc débile, genre hurler "La propriétaire du mateur qui traîne dans les rayons est priée de venir le récupérer", mais j'opte pour plus subtil. Je me lève, le noie dans mes yeux noisettes, lui fais mon sourire "c'est où tu veux quand tu veux", auquel il répond, forcément, et je lui dis "Merci. Je vais prendre les noires, alors". D'un coup il sourit moins. Et puis plus du tout, d'ailleurs, vu que Barbie Dolce Vita arrive à ce moment, lui attrape le bras, et lui dit "Tu viens, chéri ?". Ouais, c'est ça, vas-y, chéri, avant que le talon des chaussures CO-RAIL qui te plaisent tant finisse malencontreusement dans ton œil bleu piscine.
On va encore dire que je suis agressive, alors je précise que si Ken s'était enthousiasmé sur mes pieds devant, voire avec Barbie, j'aurais rien dit, même j'aurais trouvé ça sympa. Ou sans Barbie, aussi, un beau mec célibataire dans un magasin de chaussures, c'est crédible (...). Mais j'ai toujours trouvé qu'il fallait pendre par les c... les mecs qui draguent sous le nez de leurs copines. C'est d'un vulgaire. Ou ptet c'était pas sa copine mais une amie.. et merde. J'ai encore raté l'homme de ma vie. C'est trop bête. Mais j'ai de très belles fuck-me shoes. Noires.
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