Pas cool

Humeurs de Lapin

Note des utilisateurs: / 4
MauvaisTrès bien 

Le premier à m'avoir dit "tu sais ce que c'est ton problème ? t'es pas cool, comme fille", c'était un blondinet tête à claques prénommé Rodolphe, et ça devait être en quatrième. OK, à l'époque, mes amis c'était essentiellement mes livres, j'avais un an d'avance et je m'étais roulée par terre pour avoir le droit de faire latin ET grec, et la plupart avaient deux ans de retard, détestaient l'école et aimaient les boîtes, donc forcément, y'avait comme un décalage. Néanmoins, ça m'avait bien perturbée. C'est quoi être cool, mon dieu, c'est quoi être cool ? Puis ça s'est pas arrêté là, hein, je sais pas pourquoi, cette phrase, je l'ai entendue un paquet de fois après.

 

Sous différentes formes, les gens sont créatifs. On m'a reproché mon sérieux, on m'a dit que j'étais pas drôle, pas fun, pas marrante, tout ça. A une époque, ça m'agaçait profondément, puis avec le temps, et l'âge, j'ai fini par ne plus vraiment trouver ça dramatique. Si j'analyse quinze secondes (Papa, arrête de lire ici), oui, j'étais "maquée" de 13 à 25 ans - certes pas avec le même, mais bon, on peut appeler ça du "sérieux", et du "pas drôle", surtout quand on est un garçon qui essaye de coucher avec moi et que je veux pas.

 

Oui, j'ai bien picolé, à une époque, mais finir mes soirées la tête dans les chiottes, avoir mal au crâne tous les samedi et dimanche, et ne pas toujours très bien me rappeler tout parfaitement, ça m'a un peu, comment dire, lassée ? Donc, j'ai arrêté, et aujourd'hui, à part quelques "cuites de décompression" à moitié accidentelles, je n'aime plus me torcher la gueule. Ce qui me vaut des reproches, souvent. Mais rassurez-vous, hein, pour ceux qui ont l'air de vachement s'inquiéter: je m'amuse quand même. Aussi incroyable que cela puisse paraître.

 

Oui, j'ai fumé plein de pétards, sans vraiment y trouver un intérêt dément, vu que soit ça m'endort, soit ça me rend profondément débile, soit je me noie dans un flot de pensées que j'arrive pas à suivre. Mais bon, fallait bien être dans le même état que tout le monde, puis profiter des moments de communication intenses que ça générait ("putain, jsuis défoncé" "ouaaais, moi aussi" / "on s'fait un tekken ?" "ouaaaaaaaais" / "tu roules ?" "ouaaaaaaais", "oh, agade, un quinze feuilles", etc). Les autres drogues, vu que j'ai passé ma vie entourée de gens qui en prenaient, donc observé pas mal, ça m'a bien calmée. Mais "jsuis pas cool" quand je refuse des ecstas ou de la coke, alors que globalement, je tiens aussi jusqu'à tard et même je les borde, des fois, les énervés chimiquement. On est tellement plus cool défoncé, c'est sûr. C'est vrai, c'est sain, d'éprouver le besoin perpétuel d'être quelqu'un d'autre. Moi, j'aime pas pas être moi.

 

Oui, pour moi la vie n'a jamais été une blague, je n'en ai jamais eu non plus rien à foutre de rien, le cool ultime, fuck la société, les gens, le monde, tout ça, moi tu vois, jsuis trop libre, d'ailleurs, faut que je te laisse, ma mère / ma femme m'attend. J'ai jamais eu quinze projets fumeux à la secondes pour finir par rien glander. J'ai jamais trop losé, j'ai toujours su vaguement où j'allais, en suivant mon double objectif dans la vie, qui vaut ce qu'il vaut, mais a le mérite de donner une ligne de conduite, c'est être heureuse et être à peu près fière de moi.

 

Donc oui, je le reconnais, aujourd'hui j'assume pleinement: jsuis trop pas cool. Trop pas cool d'avoir quelques principes, de pas faire ce que j'ai pas envie de faire, de pas avoir besoin de me défoncer pour me sentir exister, de tromper mon mec quand je suis bien avec, d'avoir envie de faire des choses avec ma vie. C'est un scandale, ça, mademoiselle. Étrangement, je me fais pas trop chier, je profite de la vie en toute décontraction, malgré toutes ces tares et cette absence totale de coolitude. J'ai même incroyablement des amis qui m'aiment bien comme je suis. Mais ils doivent être trop pas cools eux aussi, c'est pour ça qu'on s'entend bien.

 

Marrant de voir d'ailleurs comme ceux, des garçons essentiellement, qui prônaient autrefois la coolitude sont aujourd'hui dans une vie bien normée, dont certains sont d'ailleurs à moitié satisfaits. Pour rigoler 5 minutes, j'ai facebooké Rodolphe, et bein il a la même tête de branleur, une photo de profil avec un enfant moche et une femme blonde qui a l'air profondément débile, dans une cuisine en imitation bois. OK, si c'est ça être cool, je ne le suis définitivement pas. Tu avais raison, mon gars.

Commentaires
Ajouter un nouveau Rechercher
+/-
Ecrire un commentaire
Nom:
Email:
 
Website:
Titre:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
 
Saisissez le code que vous voyez.

!joomlacomment 4.0 Copyright (C) 2009 Compojoom.com . All rights reserved."