Le sandwich au jambon et autres plaisirs minuscules

Humeurs de Lapin

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Quand je renifle l'odeur du jambon, du vrai, hein, pas du jambon sous vide, j'ai une ptite bouffée d'émotion et je pense à mon grand-père. Pas parce qu'il sentait le jambon, papy, il sentait l'eau de Cologne et des fois la graisse d'oie qu'il mettait dans tous ses plats. Mais parce qu'il me préparait des sublimes sandwich au jambon pour mon goûter à la plage. Avec plein de beurre. Dans un petit pain au  lait que plus jamais j'en ai remangé des si bons. Ou alors c'est mon souvenir qui est plus beau que la réalité des boulangeries d'aujourd'hui. Et surtout, surtout, il terminait la préparation minutieuse, que je contemplais en salivant, par un écrasage en bonne et due forme dudit sandwich, en mettant ses deux mains dessus et en sautant légèrement sur place. J'adorais.Je fais d'ailleurs subir le même sort aux sandwichs que je prépare. Le sandwich est meilleur aplati, sachez le.



C'était un couple bizarre, mes grand-parents. Ils faisaient chambre à part, celle de ma grand-mère avait une coiffeuse avec des tiroirs à bijoux dans lesquels je fouinais. Celle de mon grand-père ressemblait à une bibliothèque avec un lit, et un fauteuil club tout défoncé. Ils allaient faire les courses tous les matins, mon grand-père conduisait ma grand-mère dans la simca noire qu'il faisait vrombir au démarrage, réveillant toute la maison. La simca est morte, et a été remplacée par une seat marbella, qui réveillait toute la maison aussi. Des fois, j'allais avec eux, et j'en profitait pour renifler toutes ces odeurs disparues, la sciure sur le sol des boucheries, l'odeur poudrée des parfumeries, l'odeur des fruits, à l'époque où ils sentaient encore.



Mon grand père m'inventait des histoires de tintin à la volée le matin, qu'il me racontait en faisant des grands gestes. Il s'est arrêté le jour où j'ai commencé à lui dire que ça serait bien, d'y trouver une fiancée, à tintin. C'était lui qui faisait la cuisine, divinement bien, et il hurlait sur tous les gens qui y rentraient, sauf moi, et il découpait le rôti de bœuf quasi bleu au couteau électrique des années 70. Il goutait le vin en faisant claquer sa langue. Il avait un gros rire et une tête de gamin facétieux quand il riait. Il avait aussi un dentier, et une légion d'honneur, décernée à une époque où on la filait pas aux chanteurs et footballeurs. Un caractère de merde, il invectivait ma grand-mère tout le temps. Il ronflait devant le tour de France.



Ma grand-mère, elle, elle ronflait devant "tournez, manège", et quand on lui disait, elle s'indignait en disant qu'elle avait juste "reposé ses yeux". Elle m'affublait de tout plein de surnoms étranges et utilisait des expressions improbables. Super rigolote, dans son genre. Et belle. Elle mettait des gaines et des bas. Et sentait toujours bon. Et elle était préposée à la vaisselle, la purée et les flans.



Ils m'ont donné de l'amour, et le goût de la bonne bouffe et des livres. C'est quand même pas rien. Et des souvenirs fabuleux, qui me font du bien quand j'y repense. Sur le coup je réalisais pas, tout ça. Et quand on réalise, souvent, c'est trop tard. Je peux toujours les remercier et leur dire que je les aime aujourd'hui, mais je suis pas sûre que là où ils sont, y'a internet.

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